Le ministère américain du commerce annonce ce mardi 17 octobre un renforcement des restrictions d’exportation de technologies avancées de semi-conducteurs vers la Chine en vigueur depuis le 7 octobre 2023. Ces nouvelles mesures étendent les catégories de puces et d'équipements de production soumis à des contrôles stricts. Elles visent à empêcher la Chine d’accéder à certaines capacités d’intelligence artificielle dans le militaire ou la vidéosurveillance pour le contrôle de la population, une pratique considérée par Washington comme contraire aux droits de l’homme. Les applications d’IA, qu’elles soient civiles ou militaires, s’appuient sur des puces avancées comme celles proposées par Nvidia, Intel ou AMD.
Ce nouveau tour de vis était attendu depuis que la Chine a réussi l’exploit de produire des puces en technologie de 7 nanomètres, considérée comme le premier palier des technologies de pointe, et ce sans passer par la lithographie EUV qui lui est interdite d'accès par les Pays-Bas. Avec les restrictions du 7 octobre 2022, les Etats-Unis voulaient cantonner la Chine aux technologies matures de 20 nanomètres et plus et lui fermer l'accès aux puces d'IA les plus puissantes. Les nouvelles mesures doiventt entrer en vigueur le 16 novembre 2023.
Risque de diversion vers la Chine
Les Etats-Unis étendent les contrôles d’exportation à plus de 40 pays en contact commercial avec la Chine. Washington veut s’assurer que les puces et équipement de production avancés achetés par des entreprises de ces pays ne finissent pas entre les mains d’entreprises chinoises. Les barrières limitant la vente de puces pour des applications grand public comme les smartphones, les téléviseurs ou les consoles de jeu sont en revanche levées.
Deux entreprises chinoises développant des processeurs graphiques et des puces d'intelligence artificielle, Biren Technology et Moore Threads, sont placées sur la liste noire (Entity list) du ministère américain du commerce, rejoinant de nombreuses sociétés de Chine sur liste, dont Huawei, HiSilicon, SMIC et YMTC. Toutes fournitures incorporant de la technologie américaine devront passer par la case préalable de licence d'exportation.
Réactions négatives de l'industrie
La SIA, l’association de l’industrie des semi-conducteurs, a réagi négativement à l’annonce des nouvelles restrictions. «Des contrôles trop étendus et unilatéraux risquent de nuire à l’écosystème américain des semi-conducteurs sans faire progresser la sécurité nationale, car ils encouragent les clients étrangers à chercher ailleurs. En conséquence, nous exhortons l’administration à renforcer la coordination avec ses alliés afin de garantir des conditions de concurrence équitables pour toutes les entreprises.»
L’équipementier néerlandais ASML, leader mondial des machines de lithographie, a publié un communiqué où il dit évaluer soigneusement toutes les implications potentielles des nouvelles règles. «Cependant, en ce qui concerne nos activités, d'après les informations que nous avons reçues, nous comprenons que la nouvelle réglementation sera applicable à un nombre limité d'usines en Chine liées à la fabrication de semi-conducteurs avancés. Ces mesures de contrôle des exportations auront probablement un impact sur la répartition régionale de nos ventes de systèmes à moyen et long terme. Toutefois, nous ne prévoyons pas que ces mesures aient un impact significatif sur nos perspectives financières pour 2023 et sur nos scénarios à plus long terme pour 2025 et 2030, tels que communiqués lors de notre Journée Investisseurs de novembre 2022.»



