Les Etats-Unis durcissent les restrictions d’exportation des technologies de semi-conducteurs vers la Chine

L’administration américaine donne un nouveau tour de vis dans le domaine des puces. Les restrictions d'importation vers la Chine sont désormais étendues aux mémoires. Sont concernés par cette mesure les fabricants chinois CXMT et YMTC, mais aussi les sud-coréens Samsung et SK hynix.

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YMTC mémoire flash 3D à 128 couches
Les mémoires, nouvel enjeu de la bataille entre les Etats-Unis et la Chine dans les puces.

Par la voix du ministère américain du Commerce, les Etats-Unis ont annoncé le 7 octobre un nouveau train de mesures de contrôle des exportations des technologies de puces vers la Chine. Pour la première fois, ces mesures étendent les restrictions aux mémoires, considérées pourtant comme des semi-conducteurs des plus banalisés. Elles concernent, non pas les composants eux-mêmes, mais leurs technologies de production: propriété intellectuelle, matériaux, produits chimiques et équipements de fabrication.

Pour les mémoires vives Dram, qui forment le cœur des PC, tablettes, smartphones et serveurs, les restrictions portent sur les technologies de gravure de 18 nanomètres et moins. Pour les mémoires flash, utilisées pour le stockage de masse de données sur tous ces équipements, elles concernent les produits 3D empilant 128 couches et plus.

Coup d'arrêt à l'expansion du chinois YMTC

Deux fabricants chinois émergents sont visés: CXMT dans les mémoires Dram et YMTC (filiale du Tsinghua Unigroup) dans les mémoires flash 3D. Selon le cabinet TrendForce, CXMT en est aujourd’hui à une technologie de 19 nanomètres, ce qui le met en retard de quatre à cinq générations sur les trois leaders du marché, à savoir les sud-coréens Samsung et SK hynix, et l’américain Micron Technology. Il se prépare à passer à 17 nanomètres et à construire deux nouvelles usines, l’une à Hefei, l’autre à Jingsheng (en partenariat avec le fondeur chinois SMIC). Des projets qui risquent de tomber à l’arrêt avec les nouvelles sanctions américaines.

YMTC se trouve dans une situation tout aussi compliquée. Il en est aujourd’hui à la mémoire flash à 128 couches en production de masse, en retard d’une génération sur Samsung, SK hynix, Micron Technology, Kioxia et Western Digital. Mais il aurait fait la démonstration d’un prototype à 232 couches qui le mettrait bientôt au niveau de ses concurrents sud-coréens, japonais et américains. Là encore, TrendForce voit mal comment l'entreprise pourrait réussir cette transition sans équipements américains de production. Elle ne pourrait pas non plus accroître ses capacités de production.

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Samsung et SK hynix face à un dilemme

Les Etats-Unis semblent particulièrement agacés par le succès de YMTC, qui est parvenu à entrer dans la chaîne d’approvisionnement d’Apple comme fournisseur de mémoires flash des modèles d’iPhone 14 vendus en Chine. Une percée vue comme un sésame pour entrer chez d’autres clients internationaux. Les autorités américaines, qui ont beaucoup critiqué le choix d’Apple, semblent vouloir donner un coup d’arrêt à son expansion. Selon TrendForce, les nouvelles sanctions devraient décourager les clients internationaux potentiels et cantonner CXMT et YMTC au marché chinois.

Les fabricants chinois ne sont pas les seuls à être pénalisés. Les industriels étrangers, disposant de production en Chine, sont également touchés: Samsung avec son usine de mémoires flash à Xi’an, SK hynix avec son usine de mémoires Dram à Wuxi et Solidigm (ex-activité de mémoires flash d’Intel, en passe de rejoindre SK hynix) avec son usine de mémoires flash à Dalian. Ils ont fait de la production en Chine un axe stratégique de développement. Selon TrendForce, ces entreprises vont être confrontées à un sérieux dilemme: continuer à fabriquer en Chine sans possibilité de migrer vers les prochaines générations de produits, ou relocaliser la production dans leurs pays, au risque de perdre l’énorme marché chinois au profit d’acteurs locaux comme CXMT et YMTC.

Sursis d'un an pour SK hynix et Samsung

SK hynix a annoncé le 12 octobre avoir obtenu un sursis d'un an des ministère américain du commerce pour continuer normalement ses opérations en Chine, sans passer par la case de licence préalable d'accès aux équipements américains. Samsung ne s'est pas exprimé sur le sujet. Mais selon le journal The Korea Herald, il aurait obtenu la même chose.

Selon le cabinet Yole Développement, les mémoires Dram et flash NAND représentent un marché de 161 milliards de dollars en 2021, détenu à 93% par Samsung, SK hynix, Micron Technology, Kioxia, Western Digital et Solidigm.

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