Les plans Chips Act des Etats-Unis et de l’Union européenne continuent de susciter le scepticisme des experts. Ils visent à réduire la dépendance vis-à-vis de l’Asie et rééquilibrer la chaine logistique en favorisant le retour de la production sur les territoires américain et européen. Ce qui donne l’impression de vouloir démondialiser cette industrie considérée désormais comme stratégique par toutes les puissances industrielles.
La principale critique des experts vis-à-vis de ces politiques est que l’industrie des semi-conducteurs est par nature globale.
Au fil des décennies, cela a conduit à une sorte de spécialisation : la conception de circuits numériques avancés et logiciels CAO aux Etats-Unis, les puces mémoires en Corée du Sud, les services de fonderie à Taïwan, les composants relevant de la démarche « More than Moore » (capteurs, Mems, électronique de puissance…) en Europe, les matériaux, produits chimiques et équipements de production au Japon, et les services d’assemblage et d’encapsulation en Chine, en Malaisie ou à Singapour.
Echec de la politique du Japon
«Les efforts pour démondialiser cette industrie sont une folie, tranche Dan Hutcheson, analyste au cabinet TechInsights dans un billet de blog. Le Japon a essayé de le faire dans les années 70 et 80 et a échoué. La Corée du Sud a fait de même dans les années 1990. La tentative de la Chine depuis 2015 suit une trajectoire bien deçà des objectifs affichés pour 2025. »

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Pour l’expert, l’échec de ces politiques vient d’une incompréhension du fonctionnement de cette industrie qui repose sur un écosystème complexe comprenant plusieurs types d’intervenants : des éditeurs de logiciels de conception, des fournisseurs de matériaux, gaz et produits chimiques, des équipementiers de production, des fondeurs, des prestataires de services d’assemblage et d’encapsulation, des sociétés « fabless » se contentant de concevoir leurs composants puis d’en sous-traiter la fabrication, et des industriels intégrés maitrisant à la fois la conception et la fabrication de leurs produits.
Monopole de Taïwan et Corée du Sud dans les technos avancées
« Lorsque les gens parlent de démondialisation, ils visualisent généralement les routes commerciales mondiales entre les zones de production et les lieux de consommation, fait remarquer Dan Hutcheson. L'accent est mis sur les transactions, et non sur les nombreuses couches de production de la chaîne d'approvisionnement. Ce qui s'est véritablement démondialisé en l'espace de cinq décennies, c'est la production de plaquettes de puces avec les technologies de pointe. Cela a conduit depuis 2015 à la concentration de ce type de production dans deux pays : Taïwan et Corée du Sud. »
L’un des objets des Chips Act est justement de reprendre la main sur les technologies avancées de production et de réduire les risques liés aux tensions géopolitiques qui pèsent notamment sur Taïwan. Les deux plans encouragent, par de généreux subsides publics, la création de mégafabs avancées comme le projet d’Intel à Magdebourg, en Allemagne, ou celui de STMicroelectronics et GlobalFoundries à Crolles, en France. Ce qui fait dire à l’analyste de TechInsights que les Etats-Unis et l’Union européenne « ne poursuivent pas la démondialisation mais qu’ils essaient de remondialiser l'industrie des semi-conducteurs », en disséminant la production de puces de pointe sur les trois continents : Asie, Amérique et Europe.



