Dans la périlleuse transition vers l’électromobilité, qui mène le mieux sa barque face à l’appétit de nouveaux concurrents asiatiques ? L’édition 2024 du classement des équipementiers automobiles, réalisée par le cabinet de conseil Roland Berger et publiée en exclusivité par L’Usine Nouvelle, met en évidence les stratégies des principaux fournisseurs d’équipements mondiaux à partir de leurs résultats financiers 2023, comparés à ceux enregistrés deux ans plus tôt, au sortir de la pandémie. Et permet de dégager les grandes tendances.
Les équipementiers, rouages essentiels de la chaîne, à l’origine d’environ 85% de la valeur d’un véhicule, sont touchés de plein fouet par la bascule vers l’électrique, l’électronique et le logiciel. Certains s’en sortent mieux que d’autres.
CATL toujours leader
Évidemment, difficile de passer à côté de la montée en puissance des acteurs chinois, qui grappillent des parts de marché à coups de fusions et d’acquisitions tout en s’internationalisant. Weichai, Beijing Hainachuan Automotive Parts, Tianneng Power, Ningbo Joyson Electronic… Sur les 100 entreprises du classement, quinze groupes chinois (en comptant Hongkong et Taïwan) captent 14% du total des ventes automobiles, contre 8% en 2021. Comme lors de l’édition précédente, c’est le fabricant de batteries CATL qui monte sur la première marche du podium, porté par le stratosphérique taux de croissance annuel moyen de 73 %. «L’entreprise réalise la plus grosse croissance du groupe 1, tirée par l’électrification et la croissance des batteries LFP [lithium-fer-phosphate, ndlr]», relate Matthieu Noël, spécialiste automobile du cabinet Roland Berger.

Des industriels européens résilients
Cette montée en puissance chinoise ne doit pas éclipser les industriels européens. La plupart ont réalisé une bonne année 2023, malgré l’inflation et la difficulté à répercuter les hausses de coûts sur leurs donneurs d’ordres, tout en investissant massivement dans les technologies de demain. L’Europe reste le continent le plus représenté du top 100, avec 27 acteurs. Parmi eux, les équipementiers français affichent une bonne forme et ne semblent pas en mauvaise posture pour affronter la tempête qui se lève. «Les Français ont plutôt mieux performé que le top 100 en 2023», confirme Matthieu Noël, sans éclipser les difficultés spécifiques de chaque acteur.

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Forvia est l’incarnation parfaite de l’entreprise en bonne santé, mais sur une ligne de crête. Depuis le début de l’année, l’équipementier a par deux fois réduit ses prévisions de résultats. Il vise désormais un chiffre d’affaires en déclin sur un an, compris entre 26,8 et 27,2 milliards d’euros. Dans un marché automobile atone, notamment en Europe, dont il dépend à 45%, il souffre d’une empreinte industrielle européenne jugée trop vaste, qu’il entend ajuster en supprimant 10 000 postes dans les cinq années à venir. En ligne de mire pour le directeur général Patrick Koller, le désendettement de son groupe, issu de la fusion de Faurecia et Hella.

Ces défis opérationnels ne doivent pas pour autant mettre au rebut une année 2023 tonitruante, qui a permis au groupe de se hisser à la deuxième place du classement (+ 3 places) et d’être le seul français du top 11 (les entreprises réalisant plus de 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires). En croissance dans l’électronique, l’éclairage et l’hydrogène, Forvia vante sa proximité avec les acteurs chinois prometteurs tels BYD et Chery, qu’il accompagne aujourd’hui en Chine et dans le futur sur la scène internationale.
Le groupe n’est pas le seul acteur tricolore à cultiver davantage sa stature internationale. Deuxième français du classement, à la 18e place, Plastic Omnium est devenu OPmobility en mars. Un changement de nom pour marquer son virage vers les États-Unis, tout en abandonnant une référence au plastique jugée ringarde. Le groupe est en pleine phase de diversification avec la montée en puissance de ses divisions d’éclairage et hydrogène. «C’est une boîte plutôt bien gérée qui mérite les félicitations du jury, car elle a réussi à rationaliser ses lignes et dispose d’une empreinte industrielle intéressante», commente Éric Esperance, associé du cabinet Roland Berger. Il n’est pas le seul à applaudir les performances de l’entreprise, qui a réalisé en 2023 les meilleures ventes de son histoire (11,4 milliards d’euros).

De bons résultats malgré des difficultés
Juste derrière, le géant du pneu Michelin (21,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires) s’adjuge la 19e place. Pourtant réputé pour sa gestion fine des affaires, il cède cinq places. En cause : les difficultés du segment des pneus de poids lourds. Son PDG, Florent Menegaux, dénonce la concurrence déloyale des Chinois sur ce créneau, qui a poussé le groupe à fermer ou à réorienter la production sur certains sites aux États-Unis, en Allemagne et en Chine. Si l’équipementier subit les conséquences d’un marché automobile stagnant qui ralentit l’activité de ses sites, y compris en France, il peut toutefois compter sur sa gamme de pneus de tourisme premium pour continuer à générer une solide marge à 12 %, que peu de groupes peuvent se targuer d’atteindre.
Quant au dernier grand équipementier français, Valeo, il se place en 23e position (+ 6). La multinationale emmenée par Christophe Périllat a, elle aussi, connu une année 2023 satisfaisante, marquée par d’importantes prises de commandes. «Le groupe a renforcé sa position de leader dans les systèmes d’aide à la conduite et dans l’électrification de la chaîne cinématique», analyse Roland Berger, avec des ventes en hausse de 26 % et 108 % respectivement. Une bonne nouvelle pour l’entreprise, qui affiche une marge d’Ebit et une croissance inférieures à celles des autres acteurs français et souhaite profiter de l’électrification pour augmenter le contenu qu’elle vend par voiture. Valeo semble néanmoins pâtir d’un manque de compétitivité sur le sol français et réfléchit à se séparer de quatre usines.


Méthodologie
Le classement de Roland Berger repose sur l’étude de 1 000 équipementiers automobiles à travers le monde. Les 100 premiers sont répartis en quatre groupes en fonction de leur chiffre d’affaires estimé pour l’activité automobile : supérieur à 25 milliards d’euros, de 8 à 25 milliards d’euros, de 4 à 8 milliards d’euros, et inférieur à 4 milliards d’euros. Chaque équipementier est ensuite noté selon trois critères, sur une échelle de 0 à 10 : le taux de croissance annuel moyen (CAGR) du chiffre d’affaires global des entreprises (automobile et hors automobile) entre 2021 et 2023, la marge d’exploitation (Ebit) en 2023 (automobile et hors automobile) et la rentabilité des capitaux investis (Roce) en 2023 (automobile et hors automobile). Les équipementiers ex aequo sont classés selon leur Roce.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024



