Les énergies renouvelables ont tenu bon en 2020 mais leur retard s’accumule

L'Observatoire des énergies renouvelables (Observ'ER) a dévoilé son bilan de l'année 2020. Si le secteur a poursuivi sa progression malgré la crise, son rythme de développement est resté bien trop faible face aux objectifs fixés par le gouvernement.

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centrale solaire de Ker Lépaud, en cours de construction à Lépaud (Creuse)
Une centrale solaire en cours de construction à Lépaud (Creuse).

La maintenance des réacteurs nucléaires a fait baisser la production électrique des centrales françaises en 2020. Côté énergies renouvelables, quel fut l’impact de la crise ? Lundi 11 janvier, l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER) a dévoilé son baromètre annuel. Malgré une relative bonne résistance du secteur, certaines filières s’éloignent un peu plus des objectifs liés à la neutralité carbone.

Une production en progression en 11,5 %

Les énergies renouvelables (EnR) ont continué à gagner du terrain. Fin septembre 2020, la production des EnR sur douze mois s’élevait à 123,91 TWh, un volume en hausse de 11,5 % sur un an. Pour comparaison, le nucléaire a généré 335 TWh d’électricité en 2020 mais cette production a diminué de 12 %.

La part des EnR continue donc de croître dans le mix énergétique français. Toujours à fin septembre 2020, elles pesaient 27,3 % dans la consommation électrique nationale, contre 21,3 % en 2018. De la même manière, la puissance cumulée des sites d’EnR a augmenté de 4,4 % pour atteindre 56 307 MW de capacité.

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La filière hydraulique reste majoritaire dans ce parc (25 962 MW), même si ses capacités stagnent à +0,5 %. Ensuite, plus dynamiques, on retrouve les filières de l’éolien (17 312 MW, +8,1 %) et du photovoltaïque (10 596 MW, +9,8 %).

“Le secteur s’écarte un peu plus de ses objectifs futurs”

Malgré ces indicateurs positifs, Observ’ER fait un bilan mitigé de l’année 2020. Car ces performances ne suffisent pas à atteindre les objectifs fixés dans le cadre de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Dans l’éolien, par exemple, "l’année 2020 va se clôturer avec un volume d’environ 1,4 GW de puissance supplémentaire, soit un chiffre très proche de celui de 2019. Au vu des circonstances de 2020, cette stagnation peut être vue comme une bonne nouvelle, mais le fait est que le secteur s’écarte un peu plus de ses objectifs futurs", regrette l’Observatoire. Pour rester sur la trajectoire fixée et s'approcher des objectifs 2023 et 2028, le parc éolien devait croître au moins de 2 GW par an à partir de 2019.

Avec 701 MW installés en 2020, la filière photovoltaïque partage les mêmes inquiétudes. Pour tenir ses objectifs, "il faudrait que le secteur multiplie par plus de trois sa dynamique et qu’il raccorde 3 GW chaque année. Une gageure au vu des performances passées", estime l’Observ’ER. De la même manière, l’association s’inquiète du retard pris dans les appels d’offres pour les énergies marines, même si cette filière (263 MW installés fin 2020) pèse bien moins que l’éolien ou le photovoltaïque.

Évidemment, la crise du Covid-19 a joué un grand rôle dans cette stagnation. Ultra-dépendants des fournisseurs chinois, les développeurs des parcs solaires ont subi d’importants retards de livraison. Côté éolien, une grande majorité des chantiers se sont arrêtés pendant le printemps et certaines procédures administratives ont été ralenties par la pandémie.

L'éolien face aux contraintes spatiales

Au-delà de ces effets exceptionnels, le secteur répète ses revendications : il faut lever certaines contraintes réglementaires pour accélérer le développement des énergies renouvelables. Selon Observ’ER, les espaces de vols d’entraînement de l’armée de l’Air "soustrait de larges territoires à la prospection éolienne". "L’accès aux terrains pour y implanter de nouvelles éoliennes est de plus en plus ardu, une difficulté grandissante qui est fortement liée à l’acceptabilité des sites par les citoyens", ajoute l’Observatoire.

Pour optimiser le parc éolien, la pratique du "repowering" permet de remplacer des éoliennes déjà installées par des turbines plus puissantes. Mais, là aussi, des obstacles réglementaires freinent cette pratique. "Les sites construits avant 2005, alors que la réglementation était encore balbutiante, sont désormais exposés à deux ou trois types de contraintes chacun, ce qui limite très fortement leur possible renouvellement", lit-on dans le baromètre.

Trop de projets abandonnés

Certaines données de l’étude révèlent l’importance des difficultés de développement. Dans le solaire, le taux d’abandon des projets sélectionnés s’élève à 30 %. Dans la filière de la biomasse solide, Observ’ER pointe du doigt un faible taux de réalisation des projets sélectionnés. Sur 15 dossiers retenus lors d’un appel d’offres en 2010-2011, seuls cinq ont été réalisés.

Les professionnels espèrent que le plan de relance du gouvernement permettra de lever certains obstacles ou d’obtenir des financements. Observ’ER note par exemple une initiative encourageante pour la filière du solaire, avec le projet d’usine géante de panneaux photovoltaïques près de Sarreguemines (Moselle). "Les industriels français attendent un soutien explicite des pouvoirs publics pour réinvestir dans des sites de production de grande capacité", laisse entendre Observ’ER.

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