Fortement touché par l’effet des déremboursements des préparations homéopathiques en France, et aussi par la baisse des ventes liée au confinement, Boiron cherche des solutions pour redresser la situation. Le groupe français a ainsi dévoilé un plan de quatre axes stratégiques.
Les deux premiers se concentrent sur l’apport de nouveautés homéopathiques et le renforcement de la communication médicale et scientifique. Les deux autres concernent l’essor des ventes à l’international et l’entrée sur le marché des probiotiques.
Une première gamme de probiotiques en Europe
Ce dernier axe marque une diversification nette des activités du groupe. "Le marché des probiotiques représente 229 millions d’euros de ventes annuelles en France, mais 500 millions par exemple en Italie, pour un marché mondial de l’ordre de 6 milliards d’euros", commente Valérie Lorentz-Poinsot. La directrice générale de Boiron estime que "prendre 20% du marché mondial serait très bien" et indique qu’une première gamme est en cours de lancement en Europe, marché évoqué comme prioritaire pour le moment.
Sous-traitance en Italie
Baptisée Osmobiotic, avec une première déclinaison ciblant la flore intestinale, cette activité dans le domaine des probiotiques s’appuie sur un format industriel de sous-traitance, tout étant produit sur un site italien dans la région de Milan. Ces nouveaux produits de Boiron ont d’ailleurs été développés en partenariat avec le sous-traitant, Probiotical, spécialiste italien des probiotiques. Boiron a ainsi pu développer ses premiers produits en s’appuyant sur certains brevets de Probiotical pour la galénique, comme la microencapsulation qui permet de protéger l’intégrité des produits jusqu’à l’arrivée dans les intestins pour une délivrance optimale. Garantie sans allergène et sans gluten, la première gamme a été lancée en France, en Italie, en Espagne et en Belgique, et est en cours de lancement en Hongrie et en Slovaquie.
Croissance américaine, reports en Asie
Concernant l’essor à l’international, Boiron mise fortement sur la croissance aux Amériques et en Asie. Pour l’heure, la progression est surtout notable du côté des Amériques, en premier lieu sur les marchés Etats-Unis, Canada, Brésil et Colombie. "Cette année, notre chiffre d’affaires à l’international est de 50% du total, contre 40% l’année dernière. Il y a un effet recul des ventes en France, certes, mais aussi des avancées aux Amériques, notamment aux Etats-Unis", précise Valérie Lorentz-Poinsot.
Sur le front asiatique, les ambitions ont été retardées par la pandémie de Covid-19. Valérie Lorentz-Poinsot indique que le groupe envisageait en début d’année "une forte accélération en Asie en 2020 mais nous ne le ferons pas à cause du Covid-19, toutes les commandes ont été décalées". Boiron, qui dispose d’une filiale à Shanghai (Chine) et d’un bureau de représentation à Hong-Kong, ciblait des accords avec des distributeurs cette année à Singapour, aujourd’hui effectif, en Thaïlande, en cours, mais aussi en Malaisie et au Vietnam, plutôt reportés en 2021. Par ailleurs, un projet d’établir une usine en Inde est toujours à l’étude mais a été retardée en raison de la pandémie et dépendra de la réussite de premières livraisons effectuées en septembre pour s’assurer de la bonne réaction du marché indien face aux produits homéopathiques de Boiron.
Boiron demande le maintien des 15% de remboursement
En France, Boiron se montre toujours très opposé aux déremboursements de l’homéopathie, décidés en 2019. Les taux de remboursement des produits prescrits ont déjà été réduits de 30% à 15% depuis le 1er janvier 2020, avant un déremboursement total prévu à partir du 1er janvier 2021. Le laboratoire a envoyé le 29 septembre un dossier complet au Conseil d’Etat pour demander une suspension voire une annulation des décrets, et a également expédié une lettre au président de la République, Emmanuel Macron, demandant un moratoire de deux ans pour le maintien de ce taux de 15% de remboursement.
Restructuration moindre avec le maintien des 15%
En "cas de maintien à 15%, je reverrais la voilure", affirme Valérie Lorentz-Poinsot au sujet du plan de restructuration engagé par le groupe en mars 2020 et qui prévoit la suppression de 646 postes en France, soit un peu plus d’un quart des effectifs dans l’Hexagone, la fermeture de l’usine de Montrichard (Loir-et-Cher) et celle de 12 des 27 sites de préparation et distribution (Avignon, Belfort, Brest, Grenoble, Limoges, Niort, Paris Bois d’Arcy, Paris Ivry, Pau, Rouen, Strasbourg et Toulon). Sur les 15 sites maintenus, Valérie Lorentz-Poinsot évoque 160 licenciements concernés par cette restructuration. Ce serait éventuellement sur ces suppressions que le groupe pourrait réduire la voilure si le remboursement à 15% pouvait se maintenir.
Ventes en baisse et perte nette
Sur le plan financier, Boiron a publié le 9 septembre des chiffres en net repli au premier semestre 2020. Après deux exercices annuels en baisse, le chiffre d’affaires a encore reculé de 1,2% au premier semestre, à 253,6 millions d’euros, avec une chute de 16,5% de ventes en France, partiellement compensées par une croissance de 20% à l’international. Surtout, Boiron a subi un effondrement de 75% de son résultat opérationnel, tombé à 1,5 million d’euros et enregistré une perte nette de 975 000 euros, en particulier sous l’effet de son plan de restructuration.



