Chaque génération d’iPhone est l’occasion pour Apple d’une remise à plat de sa chaîne d’approvisionnement avec, à la clé, des grands gagnants et des grands perdants parmi les fournisseurs. L’iPhone 12, commercialisé à partir du 23 octobre 2020, n’échappe pas à la règle. D’autant qu’il est le premier iPhone 5G, avec de nouvelles fonctionnalités absentes de la génération précédente, l’iPhone 11. Ce lancement stratégique pour la firme à la pomme annonce cinq grands gagnants.
1 - TSMC, l’exclusivité de la fabrication de la puce A14 Bionic
Le fondeur taiwanais de puces TSMC est choisi pour la fabrication en exclusivité du processeur A14 Bionic au cœur des iPhone 12 en technologie nec plus ultra de 5 nanomètres. C’est la cinquième génération successive de processeur d’iPhone dont il remporte l’exclusivité de la fabrication au grand dam du coréen Samsung Electronics. Un succès qui fait d’Apple son premier client avec 23 % de son chiffre d’affaires en 2019, selon le cabinet IC Insights.
L’iPhone 12 est annoncé comme un grand succès avec la vente de 60 à 80 millions d’unités cette année selon différents analystes, propulsant Apple à la deuxième ou première place mondiale dans les smartphones 5G en 2020, alors qu’il était complètement absent de ce segment de marché défriché depuis avril 2019 par Samsung, Huawei, Xiaomi, Oppo, Vivo et autre LG. Pour TSMC, cela signifie de juteux revenus de nature à effacer la perte de Huawei, son deuxième client avec 14 % du chiffre d’affaires en 2019 selon IC Insights.

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Le 15 septembre 2020, le fondeur taïwanais des puces a suspendu ses services à HiSilicon, le bras armé de Huawei dans les semi-conducteurs, en conformité avec le troisième tour de vis de l’embargo américain contre le grand équipementier télécoms chinois. Malgré cela, il anticipe un bond de 30 % de son chiffre d’affaires en 2020. C’est qu’il a probablement gagné un autre contrat majeur auprès d’Apple, celui de la fabrication du processeur maison qui remplacera les puces d’Intel dans les futurs Mac.
2 - Sony, une fidélité à toute épreuve
Pour la dixième génération d’iPhone, Sony s’impose comme le fournisseur exclusif des capteurs d’image Cmos des caméras du plus célèbre smartphone. Ce qui en fait le numéro un mondial de ces composants optoélectroniques avec 45% du marché en 2019, contre 12 % pour Samsung Electronics et 9 % pour OmniVision Technologies selon le cabinet IC Insights.
Sony a fait son entrée dans l’iPhone en 2011 à l’occasion de la génération iPhone 4S en remplacement d’OmniVision Technologies qui équipait les deux générations précédentes. Depuis, il n’a cessé de conforter sa place de fournisseur exclusif d’Apple à faveur de l’inflation du nombre de capteurs d’image dans la caméra frontale de l’iPhone. Une fidélité d'une telle durée dans la relation client-fournisseur est rare dans cette industrie.
L’iPhone 12 annonce une autre victoire pour Sony. Le groupe japonais d’électronique est crédité de la fourniture du capteur à temps de vol, le composant clé du système LiDAR équipant la caméra dorsale des iPhone 12 Pro et iPhone 12 Pro Max pour des fonctions de modélisation 3D d’objets, de perception 3D de l’environnement ou encore de réalité virtuelle et augmentée. Ce succès s’inscrit dans la continuité de celui remporté dans la tablette iPad Pro lancée par Apple en mars 2020.
Sony est un nouveau venu dans les capteurs à temps de vol. Un marché défriché par Infineon, Panasonic ou encore STMicroelectronics. Il y a fait une entrée fracassante en 2019 avec l’ambition d’en capter 30 %. Pari plus que réussi puisqu’il s’accapare aujourd’hui 40 % du marché selon le cabinet Yole Développement, en équipant notamment des smartphones vedettes chez Samsung, Huawei et Oppo. Ceci ne l’empêche pas d’être expulsé du Galaxy Note 20 Ultra de Samsung par STMicroelectronics, alors qu’il était présent dans le Galaxy S10+ et le Galaxy Note 10+.
3 - Qualcomm, le grand retour
L’iPhone 12 signe le grand retour de Qualcomm dans la chaîne d’approvisionnement d’Apple après son exclusion partielle des iPhone XS et XR puis totale des iPhone 11 et iPhone SE au profit l’Intel pour la fourniture du modem 4G. Son avance technologique l’impose comme le fournisseur exclusif du modem 5G de l’iPhone 12. Avec à la clé, un pactole annuel de plus de 2 milliards de dollars selon Sravan Kundojjala, analyste au cabinet Strategy Analytics.
Le nouvel iPhone scelle la réconciliation entre Apple et Qualcomm. Les deux entreprises se sont livrées une rude bataille sur le terrain de la propriété intellectuelle, Apple reprochant à Qualcomm d’abuser de sa position dominante en le faisant payer des redevances de brevets jugées excessives. Le géant californien a dû ravaler sa fierté et faire en avril 2019 la paix avec son ancien fournisseur sur le dos d’Intel. Il n’avait pas le choix. Qualcomm était le seul fournisseur à lui proposer une solution au niveau requis pour prendre l’avantage dans la course de la 5G. Selon Sravan Kundojjala, il dispose d’une avance de 18 mois sur tous ses concurrents (MediaTek, Samsung, HiSilicon, Intel, Unisoc…) et est le seul encore aujourd'hui à prendre en charge la 5G mmWave de fonctionnement dans les bandes de fréquences à ondes millimétriques qu'Apple a choisi, à la surprise des observateurs, d'intégrer dans les quatre modèles de l'iPhone 12.
Intel sort comme le grand perdant de ce retournement de situation avec la perspective de perdre un marché annuel de 2 milliards de dollars selon l’analyste de Strategy Analytics. Sans le client Apple, qui absorbe plus de 90 % de ses modems cellulaires, il est contraint à l’été 2019 de jeter l’éponge et de lui vendre son activité de modems pour smartphones pour 1 milliard de dollars. Son rêve d’être un fournisseur majeur des puces mobiles prend fin, laissant une ardoise de 16 milliards de dollars selon l'estimation de Sravan Kundojjala .
4 - BOE, percée dans l’écran Oled
Le chinois BOE, numéro un mondial des écrans plats depuis 2019, parvient à se frayer une petite place dans le nouvel opus d’Apple en fournissant l’écran Oled souple de 6,1 pouces du modèle iPhone 12. Un marché qu’il partage avec le coréen LG Display selon Ross Young, analyste chez DSCC, un cabinet spécialisé dans les écrans plats. C’est la première fois qu’il s’incruste dans la chaîne d’approvisionnement de l’iPhone. Mais selon Ross Young, il ne bénéficie que d’une petite portion de ce marché, la plus grande étant attribuée à LG Display, un fournisseur avec lequel Apple est plus familier.
Le choix de BOE par Apple s’apparente donc comme un test avant une extension possible de ses fournitures dans l’avenir. Car, depuis l’adoption de l’écran Oled sur l’iPhone X en 2017, le géant californien des mobiles cherche par tous les moyens à se libérer de sa dépendance vis-à-vis de Samsung Display, qui fournit tous les écrans Oled souples des iPhone 12 Mini, iPhone 12 Pro et iPhone 12 Pro Max selon l'analyste de DSCC. Il misait pour cela sur LG Display. Mais ce fabricant, qui a choisi de concentrer son effort sur les grands écrans Oled pour téléviseurs, a eu la plus grande peine à monter en puissance dans la production de petits écrans Oled souples pour smartphones.
La volonté de diversification d’Apple se comprend. Samsung Display appartient à Samsung Electronics, son plus grand rival dans les smartphones. Mais difficile de le contourner. Il truste 86 % du marché des écrans Oled pour smartphones au premier trimestre 2020 selon DSCC. Un vrai monopole qui le rend incontournable ! Mais avec la présence de LG Display et BOE dans l’iPhone 12, son poids devrait tomber à 72,2 % au quatrième trimestre 2020 prévoit DSCC.
5- STMicroelectronics, la revanche sur Nokia
STMicroelectronics a toujours été présent dans la chaîne d’approvisionnement de l’iPhone. Mais les relations avec Apple ont connu des hauts et des bas. Depuis l’iPhone X, lancé en 2017, elles ont pris une ascension spectaculaire avec la fourniture de l’imageur de la caméra 3D de reconnaissance faciale et du circuit de gestion de l’alimentation associé. Cet imageur est développé sur mesure et fabriqué sur le site de Crolles, près de Grenoble. Il reste une exclusivité d’Apple. D’un modèle d’iPhone, sa fourniture s’est étendue à deux dans l’iPhone Xs puis à trois dans l’iPhone 11 et maintenant à quatre dans l’iPhone 12. Le fabricant franco-italien de puces électroniques signe d’autres composants du nouvel opus d’Apple dont le capteur de proximité, le module eSIM et le circuit de recharge sans fil.
"Je ne pense pas que ST ait remporté de nouveaux composants dans l’iPhone 12, confie à L’Usine Nouvelle un analyste financier de la place de Paris. En revanche, je pense que son contenu dans l’iPhone 12 va être plus important que dans l’iPhone 11 grâce à de nouvelles versions de composants à plus forte valeur ajoutée."
Apple constitue, de loin, le premier client de STMicroelectronics, avec 17,5 % de son chiffre d’affaires en 2019. Et avec l’iPhone 12, il est possible que son poids franchisse la barre des 20 % en 2020, offrant au fabricant franco-italien de semi-conducteurs une sacrée revanche sur Nokia qui occupait la même position au temps de sa splendeur dans les mobiles. Ce n’est pas un hasard que le groupe, dirigé par Jean-Marc Chéry, se montre plus optimiste qu’auparavant sur les résultats du groupe en 2020 en tablant sur une croissance du chiffre d’affaires de 4,3 % par rapport à 2019. Un vrai exploit dans le contexte actuel de pandémie du Covid-19 qui a plongé l’automobile, l’industrie et les smartphones dans la crise, et alors que l'entreprise a dû, conformément aux nouvelles règles de l'embargo américain contre Huawei, suspendre ses fournitures au grand équipementier télécoms chinois, l'un de ses dix plus gros clients.



