Les certificats d’économie d’énergie (CEE) sont devenus indispensables. On risque de manquer d’électricité nucléaire cet hiver ? Le ministère de la Transition écologique dégaine un coup de pouce sur les thermostats intelligents afin d’en installer jusqu’à 40 000 par mois. Le nombre de rénovations énergétiques stagne chez les particuliers ? Le coup de pouce chauffage est amplifié, début 2019, jusqu’à permettre des offres de chaudière à 1 euro. Il faut former les PME à la transition écologique ? Ce sont encore les CEE qui sont mobilisés pour financer un programme de diagnostic. Même la Convention citoyenne pour le climat compte dessus.

Pour financer l’obligation de rénovation globale des logements d’ici à 2040, il faudrait 13 milliards d’euros d’aides par an. Pour les trouver, les 150 citoyens proposent notamment de quadrupler le volume de CEE pour la cinquième période (2022-2024), afin de porter leur contribution à la rénovation de 1,3 à 5,5 milliards d’euros par an. Un choix qui augmenterait de 14 % la facture énergétique des Français.
Car ces certificats d’économie d’énergie, ce sont les vendeurs d’énergie qui les financent, au prorata de leurs ventes. Depuis 2005, ils ont l’obligation de faire réaliser des économies d’énergie à leurs clients. Pour la quatrième période (2018-2021) du programme CEE, ils doivent engranger 2 133 TWh cumac (économies cumulées sur la durée de vie des équipements), dont 533 TWh de CEE précarité. Si les volumes ne sont pas atteints – ce qui est le cas actuellement, malgré les divers coups de pouce –, ils paient des pénalités. Dans tous les cas, le coût des CEE est reporté sur la facture des clients.
Des forfaits surestimés
Cette course au certificat d’énergie se paie également en efficacité. Selon l’Ademe, seulement 46 % d’économies réelles seraient imputables aux CEE, que ce soit pour la rénovation de logements (73 % des CEE), l’industrie (16,5 %) ou le transport (4,7 %). D’une part parce que les forfaits d’économie d’énergie des 204 fiches CEE sont surestimés, d’autre part parce que si les bonus permettent de mieux cibler les efforts des énergéticiens, ils ne génèrent pas directement d’économies. "Ils engendrent un gonflement artificiel des volumes de CEE et fragilisent le lien entre les CEE et les économies d’énergie réelles", observe Matthieu Locci, senior manager chez Leyton. Enfin, changer une chaudière ou installer un thermostat fait bien baisser la facture, mais ne fait pas une rénovation énergétique.



