Depuis le 31 décembre 2023, tous les biodéchets des particuliers, déchets alimentaires et accessoirement déchets verts, doivent être triés. Parallèlement, les collectivités territoriales ont l’obligation de proposer des solutions de collecte séparée et de valorisation. Jusqu’ici, ces déchets étaient incinérés avec le reste des ordures ménagères résiduelles (OMR), voire mis en décharge. Le premier objectif de la nouvelle obligation est justement de détourner les déchets alimentaires du flux des OMR. L’autre ambition est de faire décoller une filière de valorisation biologique à travers le compostage ou la méthanisation. Cette dernière permet de produire du gaz vert ainsi que du digestat, un débouché qui n’est pas encore au point.
L’enjeu est particulièrement élevé en Ile-de-France, où les volumes sont importants. Selon l’Observatoire régional des déchets en Ile-de-France (Ordif), 82 kilos (kg) de biodéchets, dont 66 kg d’origine alimentaire, sont présents dans le flux global des OMR, estimé à 281 kg par an et par habitant. Le gisement francilien serait ainsi d’environ 900 000 tonnes, dont 80 % issues de l’alimentaire. Mettre en place des filières de collecte et de valorisation est d’autant plus important que, d’ici à un an, la capacité de traitement de la principale usine d’incinération de la métropole parisienne sera divisée par deux.
De futurs méthaniseurs de grande capacité
Depuis 2012, il existe une obligation pour un tri sélectif à la source et une valorisation pour les professionnels et les gros producteurs. Les filières de traitement, composteurs et méthaniseurs, sont déjà en place. Leurs capacités disponibles en Ile-de-France semblent, au moins dans un premier temps, en mesure d’absorber le nouveau flux. Selon l’Ordif, trois installations industrielles de compostage ainsi qu’une quinzaine de méthaniseurs sont en fonctionnement ou le seront à court terme. Des chantiers de méthaniseurs de grande capacité sont lancés. À Gennevilliers (Hauts-de-Seine) sera construite une usine pouvant traiter 50 000 tonnes par an de déchets alimentaires. Fruit d’un partenariat entre le service public de traitement et de valorisation des déchets ménagers de 82 communes (Syctom) et le syndicat francilien de l’énergie (Sigeif), l’installation produira du biométhane, à la mi-2025 en théorie. Sa réalisation est estimée à 52 millions d’euros. À Écharcon, dans l’Essonne, un équipement similaire mais d’une capacité de 35 000 tonnes entrera en service au premier semestre 2024.
Des collectivités locales encore hésitantes
Pour le ramassage, les collectivités locales tardent à faire leur choix entre les différentes solutions. «La plupart des collectivités demandent encore la mise en place d’expérimentations pour voir quel est le meilleur mode de gestion», constate Alexandre Guyon, le directeur régional Ile-de-France de Veolia pour l’activité déchets.
Les retours d’expérience des collectivités pionnières, comme le Siom de la Vallée de Chevreuse, sont scrutés à la loupe. En avril 2022, ce syndicat a mis en place auprès de foyers volontaires, un service de collecte des biodéchets en porte à porte. La collectivité récupère environ 62 kg par habitant et par an auprès de 5 500 foyers. Elle s’interroge aujourd’hui sur la construction d’un méthaniseur de proximité. «Le territoire s’est montré réceptif et nous ne reviendrons pas en arrière, analyse Jean-François Vigier, le président de ce Siom. Je pense toutefois qu’il est illusoire de penser que 100% des habitants voudront bénéficier de ce service. Aussi j’ai proposé de travailler au déploiement de points d’apport volontaire. Et il faut continuer à développer le compostage domestique».
Cette nouvelle obligation de tri et de valorisation suscite l’intérêt des entreprises, dont les projets foisonnent. La start-up Axibio, à Puteaux (Hauts-de-Seine), fournit des bacs de collecte connectés pour les points d’apport volontaire. «Sur ces équipements positionnés dans la rue, on peut implémenter un contrôle limitant l’accès aux personnes autorisées. Ce dispositif peut être couplé avec un système de pesée qui prévient le gestionnaire quand le bac est plein», explique Pierre-André Galy, son président. D’autres se lancent dans le traitement de proximité. La société Upcycle, à Versailles, produit des composteurs mécaniques ou électromécaniques pouvant traiter, selon les modèles, de 30 à 330 kg de déchets par jour. Le groupe Sepur et Tryon Environnement proposent des installations de microméthaniseurs de proximité d’une capacité de 1 500 à 8 000 tonnes par an.
La soupe de biodéchets introduite dans un méthaniseur
Par ailleurs, les maillons de la chaîne de collecte et de prétraitement se renforcent. Veolia a investi 5 millions d’euros pour créer à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, une plateforme, d’une capacité de 50 000 tonnes, dédiée au déconditionnement et à la préparation de la soupe de biodéchets ensuite introduite dans un méthaniseur. L’entreprise francilienne Moulinot vient, pour sa part, d’investir 6 millions d’euros dans un équipement identique de 40 000 tonnes à Réau, en Seine-et-Marne.
Mais l’amorçage de ces filières pourrait être assez long. Le Syctom espère, ainsi, collecter 60 000 tonnes d’ici à 2027 et 100 000 tonnes en 2031. «On ne peut pas prendre de risques sur le dimensionnement de nos installations. Nous avons besoin d’assurance sur le rythme de progression des collectes avant d’investir dans une deuxième installation de méthanisation», relève Denis Penouel, le directeur général du Syctom. L’expérience du tri séparé des papiers et emballages incite à la raison : trente ans après sa mise en place en Ile-de-France, la collecte ne parvient à capter que 40 % du flux de ces recyclables.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3726 - Janvier 2024



