Le Japon, qui a dominé le marché des puces dans les années 1980 avant de se faire déclasser par les Etats-Unis et la Corée du Sud, caresse l’espoir de revenir en force dans le secteur. C’est du moins l’objectif du vaste plan de revitalisation de son industrie des semi-conducteurs que le gouvernement nippon prépare pour 2022. Des discussions intenses ont commencé sous la houlette du Meti, le ministère nippon de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, pour déterminer les lignes d’action de ce plan.
Selon les informations de The Japan Times, le gouvernement veut tripler le chiffre d’affaires de son industrie des puces à 13 000 milliards de yens, l’équivalent de 100,3 milliards d’euros, en 2030, contre 4 500 milliards de yens, l’équivalent de 34,7 milliards d’euros en 2020.
Parce qu’elles constituent le cœur technologique de tous les produits modernes, des PC aux voitures électriques, en passant par les smartphones, les serveurs, les équipements médicaux ou encore les systèmes d'armes, les puces électronique font l’objet d’une course effrénée de la part des grandes puissances industrielles. Leur maîtrise est vue partout comme un instrument essentiel de prospérité économique mais aussi de souveraineté et de sécurité nationale. La Chine déploie un effort considérable pour accéder à l’autosuffisance dans ce secteur des plus stratégique, tandis que les Etats-Unis comptent mobiliser 52 milliards de dollars de soutien public pour perpétuer leur domination sur ce marché projeté à plus de 1000 milliards de dollars en 2030 par le cabinet VLSI Research. L’UE prépare de son côté un plan à plus de 40 milliards d’euros en dix ans dans le secteur.
Chute sévère du Japon au classement des pays producteurs de puces

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Après avoir dominé le marché mondial des puces, avec 51% de la production, à la fin des années 1980, le Japon est tombé à 10% en 2020, derrière les Etats-Unis (47%) et la Corée du Sud (19%) selon les chiffres de la SIA, l’association des industriels des semi-conducteurs. Une chute sévère mais que Jean-Christophe Eloy, PDG de Yole Développement, un cabinet français d’études de marchés électroniques, relativise. "Le Japon était connu pour des composants banalisés comme les puces mémoires, rappelle-t-il à L’Usine Nouvelle. Il a abandonné ce marché au profit d'une spécialisation dans les composants électroniques de puissance, les capteurs d’images et autres circuits pointus. Yamaha est par exemple l’un des leaders mondiaux des circuits audio. Peu de gens le savent."
Kioxia, Sony, Renesas Electronics, Rohm et Toshiba forment aujourd'hui les cinq plus grands acteurs japonais dans les puces, représentant ensemble 72,4% du chiffre d'affaires en 2020 de l'industrie des semi-conducteurs au Japon, selon le cabinet Omdia. Mais aucun ne figure dans le top 10 mondial, alors que Japon y comptait six acteurs aux débuts des années 1990 : NEC, Fujitsu, Hitachi, Mitsubishi Electric, Toshiba et Panasonic. Malgré cette débâcle, le pays conserve de nombreux leaders mondiaux sur certains segments: Sony dans les capteurs d’image Cmos, Renesas Electronics dans les microcontrôleurs automobiles, Nichia dans les LED, AKM dans les compass électroniques, etc.
Le montant du plan en préparation n’est pas encore dévoilé. Mais il s’annonce imposant. Tokyo serait prêt à mettre les grands moyens. Son ambition reste toutefois en retrait par rapport à celle de la Commission européenne, qui veut doubler le poids de l’Europe dans la production mondiale de puces à 20% en 2030, contre 10% en 2020. Comme le marché mondial devrait doubler en dix ans, selon VLSI Research, tripler le chiffre d’affaires d’ici à 2030 revient à augmenter de seulement 50% le poids du Japon.
Subsides pour TSMC
Le plan japonais commence déjà à produire des résultats puisque le taïwanais TSMC, plus grand fondeur mondial de puces, s’est décidé à créer une usine de 7 milliards de dollars au Japon en partenariat avec Sony, son plus grand client nippon. Le projet devrait être financé à 50% par des subsides publics, selon le Nikkei Asia. D’autres industriels du secteur sont encouragés à étendre leurs capacités de production dans le pays. Le Japon compte aujourd’hui une trentaine de fabricants de semi-conducteurs disposant d'au moins une usine dans l’archipel nippon.
Dans sa tentative d'élan, le Japon ne manque pas d’atouts. Contrairement à la Chine, la Corée du Sud ou Taïwan, il dispose de l’un des deux écosystèmes les plus puissants, aux côtés des Etats-Unis. S’il a perdu de son lustre dans les puces, il conserve des positions fortes dans d’autres maillons clés de la chaîne de valeur comme les matériaux, les gaz de gravure, les substrats et les équipements de production. Il détient notamment les deux plus grands fournisseurs mondiaux de substrats de silicium (Shin Etsu Chemicals et Sumco) et cinq des dix plus grands équipementiers de production (Tokyo Electron, Screen Semiconductors solutions, Hitachi High Technologies, Daifuku, Murata Machinery).
Omdia 


