Sony va-t-il résister aux assauts de Samsung et OmniVision dans les capteurs d’image?

Le coréen Samsung et le chinois OmniVision accentuent leur offensive dans les capteurs d’image de smartphones contre Sony qui domine allègrement le marché. Mais le géant japonais de l’électronique a un atout de taille : son fidèle client Apple.

 

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Capteur d'image OV50A d'OmniVision
Nouveau capteur d'image pour smartphone d'OmniVision Technologies

La bataille des capteurs d’image Cmos de smartphones monte d’un cran. Deux des trois plus grands fournisseurs mondiaux, le coréen Samsung Electronics et le chinois OmniVision Technologies, ont lancé chacun un capteur à 50 megapixels, presque en même temps que le japonais Sony. Les trois nouveaux composants affichent des caractéristiques techniques de haut vol, presque identiques. L’ambition de Samsung Electronics et OmniVision Technologies est claire : continuer de tailler des croupières à Sony, qui domine allègrement le marché mondial.

La force de Sony, ce sont ses clients

Les capteurs d’images Cmos sont des composants optoélectroniques qui font office de yeux électroniques pour un large éventail d’équipements numériques, des mobiles aux endoscopes médicaux, en passant les caméras de sécurité, les scanners, les systèmes de contrôle par vision industriels, les robots autonomes ou encore les systèmes d’assistance à la conduite automobile. Les smartphones en forment aujourd’hui, de loin, le principal débouché. Selon les chiffres communiqués à L’Usine Nouvelle par le cabinet Strategy Analytics, le marché dédié aux smartphones devrait grimper de 15 milliards dollars en 2020 à 21 milliards de dollars en 2025, tiré par l’inflation du nombre de capteurs par smartphone et l’augmentation de la valeur ajoutée des nouveaux composants.

" Sony domine le marché des capteurs d'image pour smartphones depuis des années et l'une des forces de ce fournisseur réside dans ses principaux clients dans les mobiles, explique à L’Usine Nouvelle  Jeffrey Mathews, analyste chez Strategy Analytics. Nous constatons que la gamme d’iPhone d’Apple et les smartphones vedettes de Samsung, Huawei, Oppo, Vivo et d’autres constructeurs utilisent tous les capteurs d’image de la marque IMX de Sony. La clé de son succès réside dans le positionnement solide de ses capteurs d’image Cmos en termes de marque et de technologie. " Même Samsung Electronics, qui fabrique pourtant ses propres capteurs d’image, embarque dans ses Galaxy S et Note des imageurs de Sony en complément de ses composants.

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Perte de 7 points de part de marché en un an

Selon Strategy Analytics, Sony truste 47 % du marché au quatrième trimestre 2020, ce qui le met loin devant Samsung Electronics, numéro deux mondial avec 28 %, et OmniVision Technologies, numéro trois avec 10 %. Mais face à la pression de ses deux plus grands compétiteurs, il tend à céder du terrain. " En un an, il a perdu sept points de part de marché, confie Jeffrey Mathews. Ce recul est du à l’accroissement de la concurrence de Samsung et d’OmniVision, qui tendent à remplacer activement les capteurs de Sony par leurs produits dans les smartphones que nous voyons aujourd'hui. Mais pas seulement. Du fait des nouvelles sanctions américaines contre Huawei, Sony a perdu une partie de son activité avec ce grand client, gros consommateur de capteurs d’image Cmos. " Depuis le 15 septembre 2020, tous les fournisseurs de puces doivent demander au préalable l’autorisation des autorités américaines pour fournir Huawei. Sony a obtenu cette licence mais, du fait de l’arrêt de ses livraisons, a vu son chiffre d’affaires auprès de Huawei tomber à zéro au quatrième trimestre 2020.

Parmi ses deux plus grands compétiteurs, c’est Samsung qui se montre le plus offensif. Et pour cause : il fait de la diversification dans les capteurs d’image Cmos un axe stratégique de développement pour sortir du carcan des mémoires, qui forment plus de 75 % de ses revenus dans les semi-conducteurs en 2020. Pour prendre l’avantage, il a choisi de proposer le capteur le plus grand avec une taille de pixels de 1,4 µm, contre des pixels de 1 µm pour Sony et OmniVision Technologies. Des pixels plus grands offrent une sensibilité supérieure et une meilleure qualité d’image dans les conditions de faible luminosité. "Sur le plan technique, le capteur ISOCELL GN2 de Samsung est un produit clé cette année en raison de sa grande taille et de la taille élevée de ses pixels, note l’analyste de Strategy Analytics. Nous voyons que les cinq premiers vendeurs de smartphones souhaitent positionner fortement leurs produits haut de gamme et phares en termes de performances des caméras. Les fournisseurs, qui répondent activement à ces besoins spécifiques, obtiendront la position la plus forte sur le marché. "

Positionnement de Sony sur le haut de gamme

Sony va-t-il continuer à voir sa position s’éroder sur ce marché clé, le seul aux côtés de celui des jeux vidéo où il rencontre du succès ? C’est possible. Mais il ne joue pas dans la même cour que ses deux grands compétiteurs. "Il continue de se concentrer sur le marché des smartphones haut de gamme pour des opportunités de revenus plus élevées, tandis que Samsung et OmniVision élargissent leur part sur le marché des smartphones bas, moyen et haut de gamme ", tempère Jeffrey Mathews.

L’autre atout de Sony tient à son fidèle grand client : Apple. Il est le fournisseur exclusif des capteurs d’images Cmos pour l’iPhone et ce depuis 2010. C’est grâce à ce prestigieux client, grand consommateur d’imageurs à haute valeur ajoutée, qu’il est devenu le roi incontesté du marché. Un succès qui se paie toutefois par une forte dépendance vis-à-vis d’Apple qui représenterait, selon Jeffrey Mathews, la moitié du chiffre d’affaires généré par ses capteurs d’images pour smartphones. Le risque d’être remplacé par un fournisseur alternatif existe. Mais il semble aujourd’hui faible.

Deux choix alternatifs inacceptables

Apple dispose de deux choix alternatifs. Le premier serait de revenir à OmniVision Technologies, qui a été son fournisseur avant Sony. Mais la société était américaine. Elle est devenue chinoise après son rachat en 2016. Le second serait d’aller chez Samsung Electronics, son grand rival dans les mobiles. Difficile de voir la firme à la pomme accepter l'une de ces options. Sony semble en position de force pour conserver le valeureux client Apple. Comme en témoigne le gain de l'imageur à temps de vol de l'iPad Pro puis de l'iPhone 12 aux dépens de STMicroelectronics selon le cabinet TechInsights.

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