Les atouts du réacteur nucléaire EPR 1200 d’EDF pour la République tchèque face à Westinghouse et KHNP

EDF a annoncé le 31 octobre avoir remis une offre à l’opérateur tchèque CEZ pour la construction d’un réacteur nucléaire EPR 1200 à la centrale Dokovany et une proposition pour trois autres. C’est la seule offre 100% européenne.

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Chantier EPR Flamanville. 2020
Pour adapter son offre aux besoins énergétique du pays, EDF a répondu à l'appel d'offre de CEZ avec un EPR de 1200 MW contre 1650 MW pour les versions classiques comme celle de Flamanville 3 (photo).

In extremis, le 31 octobre, EDF a remis à l'opérateur tchèque EZ sa réponse à son appel d’offres du 1er mars 2022 pour la construction d’un nouveau réacteur nucléaire de 1200 MW à la centrale Dukovany (tranche 5), à 30 kilomètres à l'ouest de Brno, avec une mise en service en 2036. À la demande d’un des soumissionnaires, CEZ avait déjà accepté de repousser la date limite d’un mois. Elle était initialement prévue le 30 septembre et devait comprendre également une proposition pour trois autres réacteurs pour l’unité 6 de la centrale de Dukovany et les futures tranches 3 et 4 de la centrale de Temelín, à 100 km au sud de Prague  L’opérateur tchèque ayant déjà écarté de l’appel d’offres les groupes russe Rosatom et chinois CGN, ils n’étaient que trois à avoir soumis une offre initiale en novembre 2022 : l’américain Westinghouse, le sud-coréen Korea Hydro and Nuclear Power (KHNP) et le français EDF.

Actuellement, la République tchèque compte six réacteurs de manufacture russe pour 4,2 GW de capacité, dont deux unités VVER1000 à Temelín et quatre unités VVER-440 à Dukovany. La stratégie énergétique à long terme du gouvernement, adoptée en 2015, prévoit d’augmenter ses capacités électronucléaires de 50 à 55% d’ici à 2050, rappelle la World nuclear association dons son rapport 2022. En février 2023, l’électricien national CEZ avait annoncé prévoir investir environ 100 millions de dollars dans Dukovany 4 afin de prolonger la durée de vie de l'unité à 60 ans, soit jusqu'en 2047.

Le pays, qui veut sortir du charbon d’ici à 2033, prévoit également la construction d'un mini réacteur modulaire (SMR), avec un premier à Temelín, et potentiellement deux autres pour remplacer les centrales électriques à charbon de Detmarovice et Tušimice, avec des mises en service à partir de 2035.

Une offre intégrée

Mais pour l’heure, l’appel d’offres de CEZ ne porte que sur de grands réacteurs. L'EPR français tel que construit à Flamanville (Manche), à Taishan en Chine et à Olkiluoto en Finlande par Areva, étant trop puissant à 1650 MW, pour le pays, EDF a dû adapter son design. Et c’est avec un EPR 1200 MW que le français a répondu à l’appel d’offre. Il propose d’être la source unique de fourniture et d’intégration de sa technologie EPR1200, en charge de la conception, de la mise en œuvre du combustible nucléaire et de la livraison d'assemblages combustibles pour ce projet.

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EDF travaillera en partenariat avec sa filiale Framatome pour les études d'ingénierie, les équipements du système d'alimentation en vapeur nucléaire, l'instrumentation et le contrôle-commande. Ce dernier fournit depuis 2022 des assemblages de combustibles pour la centrale de Temelín. C’est GE Steam Power qui assurerait la fourniture des études d'ingénierie et des équipements de l'îlot conventionnel, dont la turbine à vapeur française Arabelle 1000. Et Bouygues Travaux Publics réaliserait les travaux de génie civil. 

Seul vendeur européen

Face à l’américain Westinghouse, qui va fournir les assemblages de combustible de VVER-440 de Dukovany à partir de 2024 et a été préféré à EDF en Pologne pour son premier SMR,  et au sud-coréen KHNP qui a décroché en mars une certification européenne pour son APR1000, EDF met en avant sa «proposition entièrement intégrée» comprenant la conception, l'ingénierie, le soutien à la construction jusqu'à la mise en service (EPC), ainsi qu'une formation approfondie, des licences et une assistance technique pour soutenir la pré-exploitation et la mise en service du réacteur et l'exploitation, et la livraison des combustibles nucléaires. Il propose un «partenariat à long terme entre les industries nucléaires française et tchèque».

Il mise surtout sur sa fibre 100% européenne, pour faire la différence. «En tant que seul vendeur et constructeur de technologie nucléaire de troisième génération en Europe, nous pensons que le partenariat stratégique à long terme que nous proposons créera un précédent pour notre continent et servira d'épine dorsale à une industrie nucléaire européenne plus résiliente et plus indépendante», explique Luc Rémont, le PDG d’EDF dans un communiqué.  Qui promet par ailleurs à la République tchèque que, si elle rejoint «la communauté européenne de l'EPR», elle «bénéficiera d'un effet de flotte massif et créera de nombreuses synergies industrielles entre nos programmes nucléaires actuels et futurs en France, au Royaume-Uni et au-delà».

Problème, aucun projet d’EPR n’a pour l’instant tenu coûts et délais. Et alors que toute la filière nucléaire occidentale s’interroge sur le financement des nouveaux réacteurs, EDF n’est pas en mesure de participer au financement. 

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