Portrait

[Les artisans de l’industrie] Fabrice Lepraël façonne les sous-marins

Tout au long de l’été, L’Usine Nouvelle va à la rencontre des salariés de l’industrie dont le geste reste artisanal. Fabrice Lepraël, formeur de coques de sous-marins chez Naval Group, donne la bonne courbure à des tôles d’acier de plusieurs mètres de long.

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Fabrice Leprael - Naval Group-artisan
Formeur chez Naval Group, Fabrice Lepraël utilise des gabarits en bois pour vérifier la bonne courbure des immenses tôles d'acier qui constitueront les parois des sous-marins.

C’est dans un immense hall très lumineux, à Cherbourg (Manche), que Naval Group commence la fabrication de ses sous-marins. Casque de protection vissé sur la tête, Fabrice Lepraël porte un bleu de travail renforcé aux genoux car il doit sans cesse s’agenouiller sur les immenses plaques d’acier qui constitueront les parois des navires, pour en vérifier la courbure. « Il faut entre cinq et sept ans pour être véritablement opérationnel », estime le formeur de coques. A 53 ans, il exerce ce métier depuis 35 ans, après sa formation à l'école des apprentis de la Marine, les Arpètes de Cherbourg, qui a fermé depuis.

Dans le vaste atelier, les tôles d’acier de plusieurs mètres de long et de large sont transportées par différents systèmes de levage. Planes, elles devront repartir vers le poste d’assemblage suivant avec une courbure définie en fonction de leur emplacement dans le sous-marin. Pour déformer des tôles qui peuvent faire jusqu’à 8 cm d’épaisseur, le formeur de coques se montre polyvalent. Il est amené à piloter des presses industrielles capables d’exercer des forces de 2, 4 et même 12 tonnes, parmi les plus puissantes d'Europe. Mais pour façonner l’acier, faut-il encore savoir à quel endroit appliquer la force. C’est là que réside tout le savoir-faire de l'artisan-ouvrier.

Pour contrôler la bonne courbure d’une tôle, Fabrice Lepraël peut s’appuyer sur un jeu de différents gabarits, des pièces en bois aux rayons différents et précis. Si la tôle possède la bonne courbure, le gabarit doit pouvoir parfaitement reposer dessus. Si un jeu demeure, c’est qu’il faut rattraper la forme.

Fabrice Leprael - Naval Group-artisanphoto Pascal Guittet
Fabrice Leprael - Naval Group-artisan Fabrice Leprael - Naval Group-artisan (Pascal Guittet)

Une compétence rare

En cas de jeu trop important, le formeur note à la craie les endroits où il faudra à nouveau presser l’acier. « Il faut faire attention, prévient Fabrice Lepraël. Quand on presse à un endroit, cela déforme la tôle à d’autres endroits. Il faut anticiper les déformations secondaires. Un mauvais coup et on peut tout ficher en l’air. »

Des formeurs de coques de sous-marins, on n’en trouve qu’à Cherbourg. Naval Group emploie encore une cinquantaine de spécialistes. C’est l’une des compétences très rares parmi les 400 identifiées par le groupe pour la construction des navires. Pour acquérir le savoir-faire des anciens, les jeunes sortis d’école passent par le matelotage, une phase d’apprentissage de plusieurs années auprès de deux collègues plus expérimentés.

Pour sa sécurité et celle de l’équipe, le formeur fait particulièrement attention aux cales martyrs, sur lesquelles les presses appuient pour éviter d’être en contact direct avec les coques. « Si la cale martyr est mal disposée, sous l’effet de pression, elle peut s’échapper à la vitesse d’une balle de fusil », explique un des chefs d’atelier.

Même si les sous-marins atteignent les 100 mètres de longueur, les épaisseurs des tôles doivent être respectées au millimètre près pour garantir la résistance mécanique des parois ! « Ce travail nécessite une grande patience et beaucoup de minutie », conclut Fabrice Lepraël.

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