C’est l’arme ultime du pays : le sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Le SNLE, dans le jargon des militaires, est capable de délivrer le feu nucléaire grâce aux 16 missiles embarqués dans sa soute. Sa mission, en cas d'ordre du président de République, est de riposter depuis le fond des océans pour causer des dégâts irréparables à l’ennemi qui s’attaquerait aux intérêts vitaux de la France. "C’est notre assurance-vie, notre dernier rempart", indique-t-on au ministère des Armées.
A l’occasion de son déplacement au centre d’essais techniques hydrodynamiques de la Direction générale de l’armement de Val de Rueil (Eure) le 19 février, la ministre des Armées Florence Parly devrait annoncer le lancement de la phase de réalisation des SNLE de troisième génération (3G). C’est dans ce centre - qui combine des moyens de tests quasi-uniques en Europe (soufflerie hydrodynamique, générateur de houle, moyens de calculs…) - qu’a été testée la maquette du bâtiment, afin de valider une phase d’étude préparatoire et permettre la poursuite du programme.
Découpe de la première tôle en 2025
Les SNLE 3G vont succéder aux sous-marins de type "Le Triomphant". Le premier exemplaire doit être livré en 2035. Au total, quatre bâtiments seront produits afin de s’assurer qu’un sous-marin soit en permanence en patrouille à la mer. La découpe de la première tôle n’interviendra qu’en 2025, après cinq années de travaux de conception.
Pourquoi autant de temps ? Le sous-marin nucléaire est le système d’arme le plus complexe à concevoir et produire. "C’est 100 fois plus complexe à produire qu’un avion de combat", affirme-t-on au ministère des Armées. Dans un même bâtiment, capable de faire vivre sous l’eau un équipage de 100 marins durant plus de 3 mois, il faut concentrer l’équivalent d’une base de lancement de mini-fusées, une chaufferie nucléaire et un système de combat de haute technologie ! Il faut par ailleurs assembler plus de 100 000 équipements différents (pompes, vannes, tableaux électriques…) et tirer des centaines de kilomètres de câbles et de circuits dans un espace extrêmement confiné. Cela va nécessiter 15 millions d’heures de travail de conception et 20 millions d’heures de fabrication.
Un fleuron technologique
Les contrats pour cette phase de conception générale, qui va durer cinq ans, ont été signés il y a seulement quelques jours. Les montants sont confidentiels, mais cela correspond à un investissement de plusieurs milliards d’euros. La maîtrise d’ouvrage est confiée à la DGA (direction générale pour l’armement) et au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) pour la propulsion nucléaire. Ils superviseront la construction du sous-marin. Naval Group assure la maîtrise d’œuvre de l’ensemble de la fabrication des sous-marins, en co-traitance avec TechnicAtome pour la réalisation des chaufferies nucléaires. Les technologies de simulation vont permettre de réduire de moitié les essais en mer ou en bassin.
Au total, 200 entreprises réparties sur tout le territoire et 3000 personnes hautement qualifiées seront mobilisées pour plusieurs dizaines d’années. Selon le ministère des armées, près de 90% de la valeur ajoutée du programme sera produite en France. Cette 3e génération de sous-marins doit permettre de faire un bond en termes de performances. Grace à un revêtement de masquage collé sur l’ensemble de la coque du navire, "ils doivent être quasiment indétectables et être capables de mieux détecter les menaces", souligne-t-on dans l’entourage de la ministre.
Technologie française
D’une longueur de 150 m environ, ces nouveaux sous-marins seront à la fois plus gros, plus rapides et plus silencieux que leurs prédécesseurs. Ne comptez pas sur les militaires pour donner plus de précisions techniques. Pour des raisons de souveraineté, les équipements critiques qui assurent la mission de dissuasion, la mise en œuvre du système stratégique et la permanence de communication avec le président de la République seront de technologie française.
Ces sous-marins patrouilleront une quarantaine d’années. Leur retrait définitif du service est prévu à l’horizon 2080-2090. Le marin qui désarmera le dernier SNLE 3G n’est pas encore né.
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