Créer une journée européenne du doctorat, développer les parcours pré-doctoraux, élaborer une plateforme de l’emploi des docteurs… Voici quelques-unes des 10 recommandations en faveur du doctorat rendues le mardi 05 novembre à Patrick Hetzel, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et à Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l'Industrie. Elles ont été émises par l’ancienne présidente du réseau national des collèges doctoraux Sylvie Pommier et par le directeur associé du fonds d’investissement Elaia Xavier Lazarus, dans le cadre d’une mission lancée en fin d’année 2023, en faveur d’une meilleure reconnaissance du doctorat dans les entreprises et la société.
Les deux experts ont ainsi échangé avec une trentaine de personnes : directeurs d’écoles d’ingénieurs, représentants d’associations, entreprises, pouvoirs publics... Leur objectif : imaginer des mesures permettant l’augmentation du nombre de docteurs et l’amélioration de la perception de ce diplôme, qui est le plus haut de l’enseignement supérieur.
17% de docteurs en moins depuis 2011
Dans ce rapport d’une centaine de pages, les deux auteurs dressent un constat sans appel : la France forme moins de docteurs que ses partenaires internationaux. En effet, ils ne représentent que 1% de la population des 25-34 ans, tandis que ce chiffre atteint 3% en Suisse et 2% aux États-Unis. Pire, “entre 2011 et 2020, le nombre de docteurs a crû de 43% en Chine, de 19% en Inde et de près 7% aux États-Unis, là où il a diminué de 17% en France” fait valoir le rapport.
En entreprise, le grade de docteur est peu ou mal valorisé par rapport aux diplômes d’ingénieur. Preuve en est : 11% des chercheurs du privé sont des docteurs, tandis que 56% d'entre eux sont des ingénieurs. Suite à la remise du rapport, Patrick Hetzel, a réagi sur X : “Les titulaires de doctorat sont moins nombreux dans les entreprises françaises que chez nos partenaires internationaux. Une perte de chance majeure pour notre économie. Des actions structurantes doivent être menées pour changer les choses. J'y veillerai dans ma feuille de route.”
“Lever l’invisibilisation des docteurs”
Pour étayer cette feuille de route, Sylvie Pommier et Xavier Lazarus recommandent d’abord de “lever l’invisibilisation des docteurs dans les secteurs d’emploi”. La valorisation de cette poursuite d’étude passerait par exemple par une journée européenne du doctorat ou par la création d’un indice d’intensité doctorale dans les entreprises, qui mettrait en valeur le nombre de titulaires d’une thèse dans les postes à responsabilités. En prenant exemple sur une initiative allemande, les deux experts proposent également la création d’une plateforme nationale en faveur de l’emploi des docteurs.
Dans le rapport se trouve aussi une série de recommandations visant directement les écoles doctorales : transformation de l’habilitation à diriger une thèse, mobilisation en faveur d’une hausse des taux de réussite en doctorat. Les écoles d’ingénieurs, vivier indispensable de futurs docteurs, sont quant à elles appelées à faciliter l’orientation de leurs élèves vers la recherche. Cela passerait par exemple par le développement de parcours pré-doctoraux, ou la création d’un annuaire national regroupant les directeurs de thèses et les offres de thèses.
En octobre 2023, l’Association nationale de la recherche et de la technologie avait publié “un grand plan national pour le doctorant”, qui mettait déjà en avant plusieurs mesures visant une meilleure reconnaissance du doctorat dans le secteur privé, et plus largement dans la société.



