L’irruption du nouveau variant Omicron ne bouscule pas la stratégie des pays exportateurs de pétrole de l’Opep +. Malgré la dégradation du contexte sanitaire, les treize membres de l’Opep et leurs alliés ont décidé lors de leur réunion en visioconférence organisée jeudi 2 décembre, d’augmenter de 400 000 barils par jour leur production en janvier prochain. Ils s'en tiennent à leur accord scellé début août de hausse progressive des volumes de brut sur le marché. Alors que les craintes de nouveau ralentissement mondial ont fait plonger le cours du pétrole depuis le 26 octobre, certains analystes anticipaient une position plus conservatrice de l’Opep +, suspendant pour janvier l’augmentation prévue.
En l’espace d’une semaine, le prix du pétrole brut WTI, la référence sur le marché américain, a perdu près de 10% pour s’établir à 70 dollars (62 euros). Il a cédé près de 20% par rapport au pic atteint à la fin du mois d'octobre. Le Brent a lui plongé de 16% en un mois. Il s’agit de la plus forte chute des cours depuis mars 2020. « Omicron rajoute aux incertitudes et renforce tous les risques identifiés sur la reprise. On sait désormais mettre des masques et travailler à distance. La situation sanitaire repousse la reprise, mais ne la remet pas en cause. Dans un scénario du pire, si la demande baisse beaucoup, les prix peuvent se replier fortement », fait état Laurence Boone, la chef économiste de l’OCDE lors de la présentation le 1er décembre des prévisions économiques de l'institution.
Incertitudes sur la stratégie de l'Opep +
Si le variant devait déboucher sur de nouvelles fermetures de frontières, après la décision d’Israël, du Maroc et du Japon d’interdire l’accès à leur territoire aux étrangers, la demande de kérosène pour le transport aérien pourrait s’effondrer. Au global, la demande de pétrole pourrait reculer de 3 millions de barils par jour au premier trimestre 2022, selon Rystad. Dans ce contexte, « l’Opep + est prêt à attendre plus d’informations sur l’efficacité des vaccins avant de changer de façon significative sa stratégie », juge le cabinet d’analyse. A l'issue de sa réunion du 2 décembre, les membres du cartel et leurs alliés se ménagent la possibilité de revenir sur leur décision dans les prochaines semaines en fonction de l'évolution de la pandémie.
Pression des pays consommateurs
En écartant une restriction plus forte de l'offre à court terme, l'Opep+ envoie aussi un signal à Washington. Depuis l’été, les Etats-Unis fait pression sur le cartel et ses alliés pour faire baisser les prix du pétrole, en accélérant son rythme de production. En juin 2020, les pays de l’Opep + avaient décidé de réduire de 10 millions de barils par jour leur production, soit près de 10% de l’offre mondiale. Un an et demi plus tard, leur production est toujours inférieure de 3,8 millions de baril par jour à celle d’avant la pandémie. Le sujet est devenu d’autant plus sensible outre-Atlantique que l’inflation dépasse désormais les 6%, tirée par les prix de l’énergie. Washington a décidé de façon inédite fin octobre de remettre sur le marché 50 millions de barils de ses réserves stratégiques, en concertation avec d’autres grands pays consommateurs.
Le retour des inquiétudes sanitaires devrait toutefois remiser à plus tard la confrontation entre pays producteurs et consommateurs. « Les pays consommateurs ont tardé à comprendre que la création de l’Opep + en 2015 changeait la donne. Auparavant, l’Opep concentrait 40% de la production mondiale. Avec la Russie, l’alliance de l’Opep+ pèse 60% du marché, ce qui lui donne un poids considérable quand ses membres s’entendent », insiste Nicolas Mazzucchi, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Selon l'expert, « le signal fort envoyé par les Etats-Unis risque de conforter les pays exportateurs de pétrole dans leur stratégie, plutôt que de les encourager à ouvrir les vannes ». A court terme, ils ont préféré se montrer plus conciliant.



