Désaccords à l’Opep sur une hausse de la production de pétrole

Après trois réunions infructueuses, l'organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés de l’Opep+ n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur de nouveaux quotas de production. Résultat : la production va rester inchangée dans l’immédiat, alors qu'une hausse était attendue. De quoi faire monter les cours du pétrole...

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Pétrole
Des tensions sont apparues, au sein de l'Opep, entre les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

C’est l’impasse. Après deux réunions infructueuses, l’Opep et ses dix alliés de l’Opep+, menés par la Russie, ont annulé in extremis leur dernière réunion, prévue lundi 5 juillet, faute d’accord sur de nouveaux quotas de production de pétrole à partir du mois d’août au sein du cartel d'exportateurs. La réunion a pour l’instant été reportée sine die, sans plus d’explication. Un échec des négociations n’est pour l’instant pas certain. Mais il ne serait pas une bonne surprise pour les consommateurs.

"Le fait que la réunion ait été reportée aujourd'hui et le temps qu'il a fallu pour l'annoncer montrent que des négociations sont en cours en marge de la réunion", pointe le cabinet d’analyste Rystad Energy. A court terme, un maintien de la production mise sur le marché par le cartel et ses alliés, qui contrôlent la moitié de la production mondiale, risque de renchérir les prix du pétrole. Le prix du baril de Brent a d’ailleurs bondi dans la foulée à plus de 77 dollars, alors qu'il s'était stabilisé autour des 75 dollars.

Une production insuffisante pour suivre la demande

L’objectif du sommet était de fixer le rythme auquel le cartel et ses alliés étaient prêts à rouvrir les vannes de la production. En mai 2020, après l’effondrement des prix du pétrole, les 23 membres de l’Opep+ se sont mis d’accord pour réduire leur production dans des proportions sans précédent, dans l’espoir de faire remonter les cours. La stratégie a été payante et les prix ont décollé. Depuis janvier, l’Arabie saoudite a réussi à imposer une augmentation très progressive de la production et à maintenir l’unité des pays exportateurs, notamment face à la Russie, partisane d’une production plus soutenue.

Le Royaume wahhabite milite pour une hausse prudente, pour  éviter une nouvelle plongée des cours, en cas de nouvelle flambée épidémique et de ralentissement économique. Il estimait par ailleurs pouvoir pousser son avantage sans risquer de perdre de parts de marché au profit des producteurs de schiste américain, qu'une hausse brutale des cours relancerait. Résultat : alors que la demande de pétrole a redémarré, la hausse de la production depuis janvier n’a pas suivi le même rythme et les stocks accumulés ont fondu.

Protestations des Emirats arabes unis

Le projet d’accord discuté ces dernières jours prévoyait, selon les experts, la poursuite de cette stratégie prudente, avec une hausse de 400 000 barils par jour chaque mois à partir du 1er août, pour atteindre 2 millions de barils par jour supplémentaires en décembre. Mais les Emirats arabes unis s’y opposent. Ils jugent "injuste" l’accord actuel, estimant que la base de calcul de l’effort de chaque membre de l’Opep+ leur est défavorable et réclament de pouvoir produire plus. Pour établir les quotas, le cartel avait retenu le niveau de production de chaque pays en octobre 2018. Mais entre 2018 et 2020, les Emirats ont mis en service de nouvelles capacités de production, et augmenté le nombre de barils extraits chaque jour de 3,2 à 3,8 millions. Pour les autres membres du cartel, modifier les bases de calcul reviendrait à ouvrir la boîte de pandore. D’où les tensions actuelles.

Mais une explosion du cartel ne fait pas les affaires des pays exportateurs de pétrole. Sans discipline collective, une hausse trop rapide de la production ferait rechuter les prix. Si les Emirats obtiennent des concessions importantes en échange de leur feu vert, les conséquences pourraient être similaires."Si l'Opep+ accepte finalement d'augmenter la production bien au-delà de 500 000 barils en août, satisfaisant ainsi les Émirats arabes unis et d'autres membres qui pourraient être favorables à l'idée d'ajouter des barils, nous pourrions assister à une correction immédiate des prix", pointe les analystes de Rystad. De quoi encourager à trouver une solution de la dernière chance.

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