Un mini-réacteur nucléaire pour décarboner l’un des 50 sites les plus polluants de France ? C’est ce que croit savoir l’association écologiste Robin des bois qui a sonné l’alarme par voie de communiqué le 8 avril. Elle indique que la jeune pousse Jimmy, chantre des AMR (Advanced modular reactor), aurait décroché le gros lot avec la sucrerie-distillerie de Bazancourt (Marne), propriété du spécialiste du sucre et des agrocarburants Cristal Union.
Des échanges, mais pas d'accord d'après Cristal Union
«Selon la direction de Jimmy Energy qui a été auditionnée, sera annoncé le 22 avril l'accord de principe avec une usine agroalimentaire dans la région du Grand Est sur la construction d'un réacteur nucléaire à haute température», a fait savoir l’association par voie de communiqué, dévoilant par ailleurs l’identité de l’industriel concerné.
Contactée, la direction de Cristal Union a tenu à démentir l’information. «Nous sommes en contact avec la société Jimmy dont la solution fait l’objet d’une étude au long cours. Aucun accord n’a été signé, un tel projet nécessite en effet plusieurs années d’études et toutes les garanties de sûreté et autorisations doivent être apportées.» Pas d’accord d’ici fin avril à en croire la direction.
La start-up Jimmy, qui a le projet de miniréacteur nucléaire français le plus avancé, semble devoir encore faire ses preuves auprès du champion de l’agroalimentaire. Créée à Paris en 2021, la jeune pousse mise sur une technologie éprouvée outre-Atlantique basée sur un réacteur nucléaire graphite gaz haute température. Le concept doit lui permettre de proposer des chaudières nucléaires de 10 MWth de puissance.

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Février 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 455+7.18
Février 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 626.5+1.18
Février 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Jimmy cherche son premier industriel
Jimmy a décroché en novembre une subvention de 32 millions euros de France 2030 dans le cadre de l’appel à projets pour des petits réacteurs nucléaires innovants. L'entreprise a déjà effectué une première levée de fonds de 2,2 millions d’euros en 2021 puis une deuxième de 15 millions d’euros en 2022. Sa promesse est d’installer un premier exemplaire de sa chaudière nucléaire industrielle dès 2026.
Pour tenir ce délai, Jimmy a annoncé début 2024 avoir sécurisé le site, face à la gare Creusot-TGV (Saône-et-Loire) pour construire son usine d’assemblage de chaudières nucléaires en série. Un investissement de 100 millions d’euros doit suivre. La start-up a aussi fait le choix de sauter l’étape de pré-étude de son dossier par l’ASN (Agence de sureté du nucléaire), qui lui était proposé. Grâce aux subventions, elle a aussi décidé d’installer son démonstrateur directement chez un industriel, qui pourrait donc être le site de Bazancourt de Cristal Union.
À ce jour, la production d’énergie est assurée sur le site par trois chaudières à gaz mais aussi grâce à la biomasse. De ce côté, le complexe industriel compte un four biomasse chargé d’assécher les pulpes de betteraves – la partie résiduelle solide après le broyage et l’extraction du sucre – pour les transformer en croquettes à destination du bétail. La distillerie, elle, s’est dotée il y a dix ans d’une chaudière à bois, qui couvre depuis 2023 40% des besoins d’énergie du site.
L'hypothèse de la biomasse tient toujours la corde
L’idée d’une chaudière biomasse, moyennant 150 millions d’euros d’investissements, fait toujours chemin. «C'est l’une des pistes les plus prometteuses», indique la direction de Cristal Union. Ce qui n’empêche pas Jimmy d’avancer ses arguments en faveur d'une chaudière nucléaire, décarbonée. La sûreté passive de ses équipements reposera notamment sur l’usage du combustible Triso, (TRIStructural ISOtrope), inventé au Royaume-Uni, se présentant sous la forme d'une bille avec un cœur dioxyde d'uranium entouré de céramique. «Ce combustible ne fond pas et assure une barrière de confinement quasiment indestructible», explique Cyril Dupuis, responsable de la mission réacteurs innovants de l’ASN.
Orano a d'ailleurs annoncé un projet de production de ces billes Triso aux États-Unis. Dans le réacteur graphite gaz, le fluide caloporteur est de l’hélium. Et le combustible est placé dans un bloc de graphite en usine, avec durée de vie d’une vingtaine d’années sans rechargement de combustible. Ce qui permet d’éviter des arrêts répétés et l’indisponibilité de la chaudière nucléaire et donc de fournir de la chaleur à la demande en permanence.
Par Aurélie Barbaux et Pierre-Henri Girard-Claudon



