Le Maroc, nouvel eldorado de la jeune entreprise Osmosun pour développer sa technologie de dessalement ? L'entreprise d'Eure-et-Loir a annoncé le 5 octobre la création d’une co-entreprise pour se développer en Afrique de l’ouest et au Maghreb. Osmosun MA est détenue à parts égales PCS, spécialiste de la gestion d’infrastructures pour compte de tiers au Maroc. Le pays a lancé en 2020 un Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI), pour une durée de sept ans. Il compte notamment sur le dessalement, qui doit tripler ses capacités et fournir d'ici 2030 la moitié de l’approvisionnement en eau potable du pays. Contre 11% aujourd’hui.
Des unités de dessalement dans un conteneur
PME basée près de Chartres, Osmosun développe depuis quelques années sa propre technologie : le dessalement bas-carbone utilisant des panneaux photovoltaïques, sans batterie pour compenser les variations de production. La PME produit ses propres installations de dessalement dans la zone industrielle de Gellainville. Une fois terminées, celles-ci rejoindront le port du Havre en conteneur. «On fait toute la conception, de la prise d’eau jusqu’à la cuve en passant par le prétraitement, l’osmose inverse et le post-traitement», expliquait Maxime Therrillon, directeur commercial d’Osmosun, lors de la réception de quelques journalistes en septembre. Un conteneur est déjà équipé pour une commande, une autre se prépare pour les Caraïbes.
97,2% de l’eau sur terre est salée. Plus d’1 milliard d’habitants sur terre n’ont pas un accès continu et sécurisé à l’eau potable. Ce pourrait être la moitié de la population en 2050. En réponse, 110 millions de mètres cube sont dessalées dans le monde chaque jour. Et cette activité va continuer à se développer, même si les très grandes installations consomment beaucoup d’énergie, comme dans les pays du Golfe, aux Etats-Unis, en Australie, en Espagne... En comparaison, les installations d'Osmosun restent modestes : le plus petites peuvent tenir dans un conteneur.
Trois innovations pour éviter les batteries
L’osmose inverse est aujourd’hui le procédé classique pour séparer la molécule d’eau – c’est aussi une très bonne solution pour lutter contre les PFAS – mais il demande beaucoup de pression (70 à 80 bars). D’où l’intérêt de développer des installations plus petites, utilisant des énergies renouvelables. Problème : ce procédé doit éviter toute variation brutale au risque de casser les pompes et les membranes, tandis que la production d’électricité solaire est intermittente.
Certaines entreprises utilisent des batteries souvent coûteuses. «L’énergie coûte de plus en plus cher. La batterie n’a aucun sens. Cela revient dix fois moins cher de surdimensionner une unité de production pour qu’elle tourne 8 heures par jour, assure Quentin Ragetly, PDG d’Osmosun. Nous avons trouvé la solution avec trois innovations : un accumulateur hydraulique pour réguler la pression en cas de baisse ou de hausse de la puissance électrique, un algorithme intelligent qui coordonne les différents paramètres à variation simultanée et un MPPT (Maximum Power Point Tracking) qui permet d’avoir une utilisation optimisée de l’énergie solaire disponible.»
Un objectif de croissance exponentielle
De 2014 à 2019, Osmosun était une start up, «très "Géo Trouvetou"», d'après son PDG. Quentin Ragetly est arrivé en 2019 pour prendre la tête de l’entreprise, après avoir trainé ses guêtres d’ingénieur dans des grands groupes de l’énergie comme BP et Engie, et le CEA. «Nous avons alors commencé notre phase de croissance et de commercialisation pour passer en PME, notamment avec des levées de fonds», raconte-t-il. Osmosun a réalisé 60 projets depuis 2019 – de 1 à 5 000 m3– mais vise des capacités jusqu’à 50 000 m3, soit l’équivalent des besoins en eau d’une ville de 100 000 à 150 000 habitants.
Elle est présente au Kenya, au Sénégal, au Cap Vert, à Maurice, en Egypte, au Maroc, en Australie. D’un chiffre d’affaires de 4,6 millions d’euros en 2022, elle vise 20 millions en 2025 et 48 millions en 2027 avec plusieurs dizaines de petites installations. Des objectifs salés…



