Pourquoi l’Etat français est-il prêt à soutenir le projet d’Electrosteel à Arles (Bouches-du-Rhône) ? C’est la question que se pose la direction de Saint-Gobain. Ce pour plusieurs raisons. Benoit Bazin, le directeur général du groupe français, s’est même fendu d’une lettre adressée au ministre de l’Economie pour le «sensibiliser» sur le «fait que cette entreprise a été condamnée pour dumping en France par la Commission européenne, qu'elle contourne les clauses de réciprocité sur les marchés publics en France, et que compte tenu de la situation difficile de cette industrie en surcapacité en Europe, la question se pose sur l'opportunité de ce soutien à ce concurrent indien», selon un porte-parole du groupe français.
Des marchés régionaux sans principe de réciprocité
Evidemment, même sans subvention, le projet industriel d’Electrosteel n’est pas perçu d’un bon œil. D’abord parce que cet acteur indien est un concurrent direct de Saint-Gobain Pont-à-Mousson (PAM) Canalisation sur le marché des canalisations en fonte ductile. Un marché marqué ces dernières années par un manque de dynamisme, en particulier en Europe, doublé d’une concurrence féroce avec les acteurs asiatiques. Chez Saint-Gobain, on critique surtout le fait que sur ce créneau, en Europe, les marchés publics sont très ouverts aux concurrents alors qu’ils sont complètement fermés à des acteurs comme Saint-Gobain en Inde et en Chine.
Marché sur-capacitaire en Europe
D’autre part, le marché est sur-capacitaire en Europe depuis des années. A la direction du groupe français, on estime que "la mise en place d’une nouvelle unité de production conduira inévitablement à la fermeture d’une capacité existante. La France étant le premier producteur européen, c’est sa capacité qui sera affectée". Dans ce contexte, Saint-Gobain PAM, plus grand acteur européen du secteur apparaît en première ligne. Or sa situation financière est fragile depuis des années. L’entreprise a enregistré 150 millions d'euros de pertes d’exploitation en cinq ans. Elle prévoit toutefois de retrouver un résultat d’exploitation positif en 2022.
Subventions limitées
Enfin, en termes de subventions, Saint-Gobain PAM n’a pas été très soutenu malgré les difficultés de ces dernières années, laisse-t-on aussi entendre à la direction du groupe. Laquelle fait état de "moins de 700 000 euros de subventions pour les investissements" de la filiale "sur les dix dernières années", sachant que le groupe a engagé plus de 170 millions d’euros d’investissements dans sa filiale en cinq ans. En septembre, Saint-Gobain PAM a toutefois obtenu un petit coup de pouce sous la forme d'une subvention de l’Ademe couvrant un quart de son investissement de 10 millions d’euros pour un vaste four électrique bas carbone à l’usine de Pont-à-Mousson (Meurthe-Et-Moselle).



