Philippe Rivière savoure l'instant. Ce 27 février, il déambule dans les ateliers des Fonderies de Sougland, à l’occasion de la remise du label Origine France Garantie à cette très ancienne fonderie de Saint-Michel, dans l’Aisne (50 salariés, 7 millions d’euros de chiffre d’affaires). Un mois et quelque après avoir repris la plus vieille fonderie de France encore en activité, le co-fondateur et patron du lyonnais ACI Groupe vient de faire une nouvelle acquisition. D’une autre fonderie : les Aciéries Hachette et Driout, de Saint-Dizier, en Haute-Marne, en redressement judiciaire depuis décembre 2024. Les 270 emplois sont maintenus, l'entreprise change de nom pour devenir les Fonderies Hachette et Driout. Il s’agit du 30ème rachat d’ACI Groupe depuis sa création en 2019.
«On ne peut pas maintenir en France le froid, si on n’a pas le chaud, stratégique pour notre souveraineté», martèle le dirigeant, serial acheteur de TPE et PME de la sous-traitance industrielle, pour expliquer son intérêt pour les fonderies. Né en 2019, ACI Groupe a progressivement repris une quarantaine d’entreprises travaillant pour six secteurs (nucléaire, ferroviaire, naval, défense…), ce qui n’est pas banal. Il y a deux ans, l’ETI de 1500 collaborateurs a ciblé le «chaud», avec la reprise d’une forge, suivie, en janvier 2025, du rachat des Fonderies de Sougland.
Deux fonderies complémentaires
«Cette usine nous intéressait car elle a une grande flexibilité, proposant 300 nuances (ndlr : types d’alliages), est capable de produire des volumes allant de la pièce unitaire à la moyenne série, ce qui est rare. De plus, elle travaille à la fois la fonte et l’acier et est sur des marchés proches des nôtres, le naval et le nucléaire, explique Philippe Rivière. Hachette et Driout, une des plus belles fonderies d’Europe, est très complémentaire. Elle produit des pièces beaucoup plus grosses, jusqu’à 8 tonnes, principalement en acier, et pour le nucléaire et la défense.» Saluant les 50 millions d’euros d’investissements réalisés par Hachette et Driout depuis sept ans, Philippe Rivière indique qu’il utilisera cette fonderie «pour accélérer les grosses pièces pour le nucléaire», EDF ayant de grosses attentes en la matière.
Le groupe n’en restera pas là. Quand on demande à son patron quand sera annoncé son prochain rachat, il répond sourire aux lèvres : «la semaine prochaine !» En réalité, il espère reprendre une deuxième forge et une troisième fonderie, pour donner une taille critique suffisante à son «pôle chaud». Objectif : doubler le chiffre d’affaires de ce pôle d’ACI Groupe d’ici 2030, de 50 millions d’euros actuellement. Doubler aussi celui d’ACI Groupe, de 220 millions à 500 millions d’euros en 2030. «Pour avoir de la légitimité, il faut grossir.»

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Après le chaud (forges, fonderies) et le froid (usinage…), ACI Groupe développera alors son pôle «assemblage». «Par de l’acquisition, parce que partir de zéro, c’est trop compliqué, et trop long», estime celui qui, pour y avoir vécu et fait des affaires, apprécie la rapidité avec laquelle se fait le business en Asie.
Levée de fonds auprès d'un fonds américain
Aux Fonderies de Sougland, il souhaite passer de 50 à 80 salariés d’ici 2030. Chez Hachette et Driout, de 270 à 370 salariés, avec une hausse du chiffre d’affaires de 35 à 50 millions d’euros. «Nous avons surtout besoin de main d’œuvre en production. Or, dans le chaud, c’est beaucoup plus compliqué que dans le froid, poursuit le dirigeant, pour qui il est plus difficile de trouver des spécialistes des matériaux que des usineurs. Du coup, on les forme nous-mêmes, à Blois, et bientôt à Saint-Dizier.»
Pour poursuivre ses acquisitions, ACI Groupe est parti à la recherche de fonds. L’américain Fortuna a dit oui très vite, et entrera au capital à hauteur de 49%, apportant 82 millions d’euros. «Pendant six mois, j’ai cherché un fonds français pour soutenir mon développement, j'en ai rencontré 40, ça n’en a intéressé aucun», regrette Philippe Rivière.
A la fin de la visite des Fonderies de Sougland, très vieux bâtiment aux murs de briques rouges peintes en blanc, l’entrepreneur quitte ses chaussures de sécurité pour un déjeuner à l’abbaye de Saint-Michel, à quelques encablures. C’est ici que les abbés ont eu l’idée, en 1543, de créer une forge devenue fonderie, en s’appuyant sur les ressources locales en eau et minerai. Philippe Rivière se rendra ensuite à Saint-Dizier, à deux heures et demie de voiture, chez Hachette et Driout. Notamment pour réfléchir aux coopérations à mettre en place entre ses deux fonderies.



