Nouvel épisode décisif dans le feuilleton du site industriel Chapelle Darblay, situé à Grand-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime). La vénérable usine de papier journal avait été mise en vente en 2019 par son propriétaire UPM sur fond de chute des ventes, puis fermée en 2020 alors qu'elle comptait 220 salariés. La Métropole de Rouen, qui avait préempté le site pour empêcher qu'elle soit cédée à Paprec et Samfi, a finalement signé mardi 10 mai l’acte de vente à Veolia.
« Une France sans usines, cela n’existe pas. L’industrie au 21e siècle sera écologique ou ne sera pas, mais cette remise de clés à Veolia n’est qu’une étape. Ce n’est pas la fin de l’histoire », a déclaré Nicolas Mayer-Rossignol, président de la Métropole de Rouen, devant les grilles de l’usine. Une opération symbolique de remise des clés à laquelle participaient également Jean-François Nogrette, directeur de la zone France et déchets spéciaux Europe de Veolia, le préfet et les trois syndicalistes non licenciés par UPM et mobilisés depuis 2020 pour trouver une solution de reprise papetière.
Un « repositionnement stratégique »
Veolia a acquis Chapelle Darblay pour un montant 9,6 millions d’euros, comprenant le site lui-même (33 hectares) et les équipements de production, dont une chaudière biomasse et deux machines à papier. Une opération blanche pour la Métropole qui avait racheté le site, pour le même prix, auprès d’UPM. Après 90 ans de production de papier journal, l’usine Chapelle Darblay va être réorientée par son nouveau propriétaire, vers la production de papier pour ondulé (PPO) à partir de carton recyclé, afin de s'attaquer au marché en croissance du carton d’emballage.
Pour ce « repositionnement stratégique », Veolia s’est adossé à Fibre Excellence, producteur de pâte à papier marchande pour l’export, installé à Tarascon (Bouches-du-Rhône) et Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Veolia prévoit d’investir 120 millions d’euros dans l’outil industriel, notamment pour moderniser la chaudière biomasse et pour adapter la machine à papier arrêtée en 2019, l’autre machine arrêtée en 2015 restant sous cocon. « La machine va être modifiée pour produire un papier avec un grammage plus épais. De 70 grammes pour du papier journal, nous allons passer à 140 grammes pour le papier pour ondulé » explique François Vessière, conseil opérationnel du directeur général de Fibre excellence.
400 000 tonnes de PPO
Les deux partenaires ont affiché la plus grande prudence sur la question des recrutements. Si la perspective est de 250 emplois, ils ont insisté sur le fait qu’ils ne s’engageaient sur aucun calendrier, mais tablent sur une production « à pleine capacité » de 400 000 tonnes de PPO. Une capacité proche de celles annoncées par le norvégien Norske Skog à Golbey (Vosges) et par le belge VPK à Alizay (Eure), à 15 kilomètres de Rouen. Deux papeteries qui ont déjà engagé la conversion de leurs machines à papier pour produire du PPO.
Fibre Excellence, qui ne produit aujourd’hui que de la pâte à papier, va quant à lui changer de modèle économique à Grand-Couronne et devenir un transformateur. « Nous produirons de la pâte à papier que nous transformerons en papier pour le marché des caisses en carton type Amazon » explique François Vessière. Avant d’ajouter : « quand vous êtes fabricant de pâte, vous avez les compétences pour fabriquer du papier. Nous connaissons ce métier ».



