UPM va céder Chapelle Darblay à Paprec-Samfi au détriment de Veolia, le gouvernement proteste

Veolia et Fibre Excellence voulaient faire de l’usine UPM de la Chapelle Darblay un site de production de carton recyclé neutre en carbone. Et s’engageaient à redémarrer l’activité dès janvier 2022. Mais UPM a choisi la solution Paprec-Samfi, rejetée par les syndicats car ne perpétuant pas l'activité papetière. Le gouvernement s'inquiète et la métropole de Rouen Normandie va utiliser son droit de préemption.

Réservé aux abonnés
UPM Chapelle Darblay
UPM est invité par le gouvernement à ré-examiner le projet de Veolia et Fibre Excellence, qui maintient la production de papier-carton et l'emploi sur le site.

Le groupe finlandais UPM, propriétaire de la papeterie Chapelle Darblay à Grand-Couronne (Seine-Maritime), a réuni le 15 octobre son conseil de surveillance pour décider de son avenir. Ce dernier a choisi le projet mené par Paprec et la société d’investissement Samfi Invest, connue pour la reprise controversée d’Alpine Aluminium. D’ailleurs, les syndicats de la Chapelle Darblay (Seine-Maritime) étaient opposés à ce projet. En effet, il marque la fin de la production de papier dans cette usine et les représentants des salariés ne croient pas aux 300 emplois annoncés il y a quelques mois pour l’hydrogène.

Le même jour, Paprec et Samfi, qui ont confirmé avoir été retenus par UPM, ont évoqué 250 emplois directs et 400 emplois indirects. Samfi, actionnaire d'H2V, vise la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau avec de l’électricité fournie par le réseau électrique et Paprec une activité de tri de déchets et de production de combustibles solides de récupération (CSR). Ensemble, ils veulent rassurer les sceptiques, qui ne se trouvent pas seulement parmi les salariés, mais aussi au gouvernement et à la Région. "Samfi, comme Paprec, sont deux groupes familiaux ayant une vision long terme des investissements. Nous avons dans notre ADN commun la volonté de développer une industrie à vocation environnementale tout en créant des emplois non délocalisables, plaide Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec. Le projet Chapelle Darblay répond pleinement à cette vocation et aux objectifs de la loi de transition énergétique. Il inscrit le territoire dans l’industrie du futur et sera rapidement une fierté nationale en démontrant la capacité de réindustrialiser le pays avec les énergies du XXIe siècle."

Paprec s'engage à redémarrer l'usine le mois prochain

Si cette reprise est validée, Paprec s'engage à redémarrer dès le mois de novembre "l’outil industriel existant et notamment la chaudière biomasse et viendra y ajouter des activités en amont : une plateforme d’approvisionnement et de préparation en bois, une ligne de production de CSR et un centre de tri des déchets industriels banals (DIB). Ces activités permettront de fabriquer des matières premières recyclées à partir de déchets et des combustibles alternatifs pour chaudières." Selon Paprec, une centaine d'emplois directs devraient être créés pour cette partie du projet. Le groupe Samfi prévoit une production de 54 000 tonnes par an d'hydrogène vert.  

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Veolia, qui portait un projet concurrent maintenant l'activité papetière sur le site, n'a pas caché sa déception. "Nous sommes convaincus que le projet de transformation écologique que nous portons est le seul bénéfique pour l'ensemble des parties prenantes, plaide Laurent Obadia, directeur de la communication et conseiller auprès du PDG. C'est un projet robuste et rentable qui s'inscrit dans la continuité historique de la Chapelle Darblay." Le gouvernement juge, lui aussi, que cette offre méritait d'être étudiée (lire ci-dessous).

La proposition alternative de Veolia et Fibre Excellence

Le 14 octobre, les salariés de la papeterie avaient pourtant repris espoir en recevant l’offre de Veolia et Fibre Excellence. Ils espéraient inverser la tendance avec une vraie solution industrielle qui reste dans leur activité. "Le projet que nous portons s’inscrit dans le volet décarbonation de l’industrie évoquée par le président de la République Emmanuel Macron lors de l’annonce du projet France 2030, précise à L’Usine Nouvelle Anne Le Guennec, directrice générale recyclage et valorisation des déchets chez Veolia France. Dans notre proposition, nous soutenons la filière recyclage et la production d’énergie décarbonée. Nous allons recycler 500 000 tonnes de papiers et cartons venant de France pour produire 400 000 tonnes de cartons d’emballage."

Veolia et Fibre Excellence s’engageaient à maintenir tous les emplois et à redémarrer l’activité dès janvier. Au cours de l’année 2022, 120 millions d’euros étaient prévus pour moderniser l’outil de production et la chaudière de cogénération biomasse alimentée par des déchets organiques provenant des régions Normandie, Bretagne et Hauts-de-France. "L’industrie papetière consomme beaucoup d’énergie et notre projet est d’alimenter la chaudière à partir de CSR [combustibles solides de récupération, soit des briquettes de déchets, ndlr] et de biomasse", explique Anne Le Guennec.

La métropole de Rouen-Normandie veut préempter le site

Si UPM avait retenu ce projet, "la reprise était quasiment immédiate", ajoute Anne Le Guennec, et Veolia prévoyait d'embaucher 250 personnes, essentiellement issues du site de la Chapelle Darblay, à Grand-Couronne, près de Rouen. Le groupe finlandais a semble-t-il pris en compte d’autres considérations. Questionnée sur les recours possibles à ce stade, une source proche des négociations n'identifie que le cas d'une préemption par les collectivités locales. Le président de la Métropole de Rouen Normandie a saisi cette opportunité pour contrer cette décision. Nicolas Mayer-Rossignol a affirmé dans un communiqué publié ce jour que "ce gâchis serait dramatique. C’est pourquoi nous prenons nos responsabilités. La Métropole Rouen Normandie se met donc en ordre de bataille pour user de son droit de préemption, comme le permet la législation française."

Du côté du gouvernement, les ministres Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher ont dans un communiqué commun regretté qu’UPM n’ait pas "retardé sa prise de décision alors même que les deux offres n’ont pas pu bénéficier d’un examen suffisamment détaillé. Nous rappelons qu’il est de la responsabilité d’UPM de mener à bien, avec l’ensemble des parties prenantes, une analyse approfondie de toutes les options disponibles, afin de permettre la meilleure réindustrialisation possible de ce site dont il a choisi de se séparer. Nous menons depuis deux ans une action déterminée pour le site de Chapelle Darblay. Nous estimons que l’offre alternative de Veolia mérite d’être examinée dans le détail". Les ministres envisagent de se joindre aux élus locaux pour décider des actions à mener.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.