Le jeudi 30 mars, le site sidérurgique d'ArcelorMittal à Dunkerque (Nord) a connu un accident majeur. Son haut-fourneau 4, qui culmine à une centaine de mètres du sol, s'est percé sur une superficie d'environ 1,5 m². Dans son for intérieur, il transforme le minerai et le coke en fonte. «C'est une sorte de cocotte-minute qui a explosé à environ une quarantaine de mètres de sa hauteur», raconte Gaëtan Lecocq, secrétaire adjoint CGT, élu au CSE et présent sur place au moment de l'accident. Malgré un site étendu, 8 km sur 4 km, il assure avoir saisi tout de suite l'ampleur de l'accident. «C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de blessés», constate-t-il.
Une baisse de production de 70%
Quelque 150 tonnes de matière solide incandescente se sont déversées et un incendie s'est déclaré. Des flammes hautes de plus de 30 mètres ont été observées. Le haut-fourneau est à l'arrêt au moins jusqu'au mois de mai. «Une expertise est en cours. Les choix des techniques de réparation sont à l'étude. Il s'agit d'un incident industriel majeur de mémoire de sidérurgiste sur l'un des plus gros hauts-fourneaux d'Europe», précise ArcelorMittal France.
Pour l'instant, le haut-fourneau HF3 continue de tourner. Mais avec une production de 5 000 tonnes d'acier par jour, il est loin d'égaler le HF4 et ses 10 000 tonnes de production quotidienne. «Notre priorité est de continuer à servir nos clients et à honorer nos commandes. Pour cela, nous nous appuyons sur l'ensemble de nos équipes européennes», rassure l'entreprise.
La crainte du chômage partiel
Les 3 000 salariés que compte le site s'inquiètent d'une éventuelle mise en place du chômage partiel. «Aujourd'hui, la production a diminué de deux tiers. On est dans le flou total, et ce malgré la venue de la direction sur le site», regrette Gaëtan Lecocq. ArcelorMittal France indique de son côté mettre la période à profit pour les formations obligatoires autour de la sécurité. «C’est aussi l’occasion de procéder aux maintenances des outils. L’activité partielle sera envisagée en dernier recours. Pour l’instant, ce n’est pas d’actualité», précise le groupe.
Même si les conclusions de l’enquête ne sont pour l’heure pas connues, le syndicaliste pointe du doigt une situation dégradée. «On savait qu’il y aurait un jour un accident sur le site. Cela fait des années qu’il y a un manque d’investissement, de compétences et de personnes, malgré nos alertes de "dangergraveimminent" auprès des services de l’État, déplore Gaëtan Lecocq. Cet enchaînement de choses et la restructuration du personnel font que nous ne sommes pas surpris aujourd’hui par cet incident. Ces derniers mois, nous avons multiplié les signalements auprès de la direction, car nous pressentions un accident imminent. Personne ne nous écoute.»
Une analyse que rejette la direction : «La sécurité a toujours été notre priorité. Seules les conclusions de l’enquête permettront d’expliquer les causes de l’incident», répond ArcelorMittal France.



