Etude

Le salut du recyclage passera par la performance de son système industriel, prévient l'Académie des technologies

L’Académie des technologies publie son rapport sur le recyclage, lundi 13 novembre. Cette société savante livre ses orientations prioritaires pour répondre à l’afflux de matières et à la nécessité d’un développement industriel du secteur.

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Exemple d'économie circulaire industrielle, Soremo recycle les moteurs de voitures pour produire des lingots d'aluminium.

Le recyclage se doit d'être une industrie comme les autres : en quête de performance. C'est le message clé du rapport «Recyclage : vers des systèmes industriels performants pour une transition écologique efficace», publié le 13 novembre par l'Académie des technologies, qui cible cinq orientations prioritaires pour la filière : transversalité, analyses et données indépendantes, affichage, droit du travail et formation. La société savante introduit son propos en rappelant que «des systèmes industriels performants, intégrés dans les circuits de collecte, de tri et de transformation de la matière, détermineront la viabilité économique du recyclage à grande échelle, facteur clé de réussite de l’économie circulaire et de la transition écologique».

Et de rappeler les objectifs de développement durable adoptés par l’ONU dans son Agenda 2030, qui comprend la gestion des circuits de matières et matériaux : avoir des approches d’éco-conception permettant le réemploi et facilitant la réparation, de développer la location des objets plutôt que leur vente, quand c’est possible, et surtout «remplacer un système de production et de consommation linéaire (du berceau au tombeau) par un système alternatif organisé en boucle fermée (du berceau au berceau)» pour passer à une économie circulaire.

Un système industriel adapté

«Notre objectif n’était pas de publier un catalogue exhaustif de toutes les filières mais de se focaliser sur ce message clé : sans système industriel adapté, il n’y aura pas d’économie circulaire, car cela coûtera trop cher et ce sera trop compliqué à mettre en œuvre, explique dans un entretien à L’Usine Nouvelle Michael Matlosz, membre du groupe de travail de l'Académie qui a rédigé cette étude. Et si nous sommes favorables aux REP [responsabilité élargie des producteurs, ndlr], cela reste insuffisant. Il faut de la transversalité entre les REP et entre les différentes filières : tri, recyclage, fabricants de matériaux...»

L’Institut met en avant le retard de la France par rapport à certains de ses voisins sur le recyclage des ordures ménagères et les plastiques, par exemple. Il considère qu’avant de fixer de nouveaux objectifs toujours plus élevés, il faudrait déjà viser ceux qui existent et éviter des changements de réglementations à répétition. L’académie cite le cas des ampoules, dont les réglementations européennes changent trop fréquemment et empêchent la mise en place d’une filière de recyclage efficace.

De même, «nous nous interrogeons pour savoir si le système de taxes est efficace. Est-ce que les aides sont bien ciblées ?, s’interroge Michael Matlosz, qui est aussi président d’Euroscience. Il faut arriver à des marges suffisantes pour faciliter l’innovation. Nous sommes plutôt dans un scénario qui maintient le niveau des aides mais les distribue là où elles sont nécessaires.»

Incertitudes sur le recyclage des batteries

La société savante insiste sur le volet social et la reconnaissance des conditions de travail dans un environnement parfois toxique, malgré le développement du tri optique. Elle souhaite davantage de formation des opérateurs, techniciens et ingénieurs pour mieux analyser les approches sur l’écoconception et surtout pour s’assurer de l’efficacité des différentes filières. L’Académie milite pour la création d’un centre de compétences. Et l’affichage doit «associer une valeur environnementale publiable à un produit en fonction de sa conception, à partir de données et d’analyses normalisées et certifiées d’éco-conception».

Le rapport dresse le tableau de certaines filières, où les académiciens s’interrogent sur un certain empressement. Sur le cas des batteries, Michael Matlosz, reconnait que le rapport s’est «borné à indiquer qu’il n’y avait pas suffisamment de visibilité. Il n’est pas certain que sur un temps long nous restions sur les batteries au lithium. Ce sera peut-être un épiphénomène. Il y a beaucoup plus de ressources en sodium qu’en lithium. Pour ce dernier, il existe une incertitude sur son avenir à 10 ou 15 ans.» Cela ne va pas aider.

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