L'urgence climatique exige plus qu'une réponse technologique, alerte l'Académie des technologies

Lors de son séminaire annuel le 27 juin dernier, l’Académie des technologies estimait que face à l’urgence climatique, efficacité et sobriété ne doivent pas être opposées mais au contraire associées. Et que les efforts à consentir, pour être acceptés, doivent être répartis équitablement.

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La sobriété énergétique, l'un des 3 piliers de la transition  énergétique avec l’efficacité et la production d'énergie  décarbonée selon l'Académie des technologies
La sobriété énergétique, l'un des 3 piliers de la transition énergétique avec l’efficacité et la production d'énergie décarbonée selon l'Académie des technologies

Voiture électrique, poids lourds et avions à hydrogène, captation et séquestration carbone… Ces technologies sont régulièrement présentées comme des solutions pour décarboner notre économie et atteindre l’objectif de zéro émission à l’horizon 2050. Mais seront-elles suffisantes ? Non, répondent les 360 membres de l'Académie des technologies. «La sobriété est nécessaire car la technologie ne suffira pas à faire face à l’urgence climatique», affirment les 360 académiciens dans un rapport, intitulé «Matière à penser sur la sobriété», présenté le 27 juin lors d’un séminaire.

Et le constat, s’il n’est pas nouveau, est sans appel. Face à l’urgence climatique, il faut «agir sans tarder», afin de réduire les émissions de CO2 de l’Europe de 5% par an d’ici 2030, et de 7% par an d’ici 2050. Or, depuis 30 ans, le taux de réduction annuel moyen est de seulement 1%. Une urgence qui nécessite d’agir «sur tous les fronts», insiste Denis Ranque, le président de l’Académie. Il pointe trois axes : «l’évolution du mix énergétique, l’optimisation de la consommation grâce à la technologie et la sobriété individuelle et collective». Car, souligne l’académicien, «Les technologies qui peuvent représenter des solutions ne seront pas disponibles à un niveau suffisant en 2030». Il faut a minima sept ans pour construire une centrale nucléaire ou un parc éolien offshore.

Les transports, mauvais élèves de la réduction des gaz à effet de serre

Illustration avec les transports, responsables de 40% des émissions de CO2, et domaine «majeur» pour la diminution des gaz à effet de serre (GES), introduit Barbara Dalibard, membre de l'Académie. Le secteur est le seul à ne pas avoir réduit son impact environnemental. Au contraire, ses émissions ont augmentées. «Pendant la COP21, on avait estimé qu’il fallait diviser par quatre nos émissions pour atteindre nos objectifs à l’horizon 2030, rappelle l’académicienne. Comme elles ont augmenté, nous devons aujourd’hui les diviser par six.»

Et l’énergie décarbonée dans tout ça ? «Il est fondamental d’aller mettre de l’électrique et de hydrogène dans la mobilité mais ça ne suffira pas», explique l’académicienne. «Pour électrifier 100% du parc automobile, il faut entre 10 et 15 réacteurs nucléaires supplémentaires, et 1 000 bornes de recharge», détaille-t-elle. Jusqu’ici tout ça va bien, mais ça n’est pas fini ! «Si on veut alimenter l’ensemble des poids lourds en hydrogène vert, il faut 20 réacteurs nucléaires supplémentaires», ajoute l’ancienne PDG de la Société internationale de télécommunication aéronautique (SITA). Et pour fournir les avions courts et moyens courrier en hydrogène ? Encore 10 réacteurs supplémentaires. Soit 40 au bas mot. Ou 40 000 hectares de panneaux photovoltaïques, soit quatre fois la surface de Paris. Or, les prévisions gouvernementales les plus optimistes tablent sur 14 nouveaux réacteurs d’ici 2030, les plus pessimistes sur sept.

Dans ce contexte, la technologie représente un élément important pour avancer vers la sobriété énergétique, l’avion ayant par exemple divisé par quatre ses émissions de CO2 par km en 60 ans. Mais là encore, ce ne sera pas suffisant. «Une fois qu’on a fait ça, il nous manque 40% qui peuvent être obtenus grâce à la sobriété», souligne Barbara Dalibard.   

Faire porter l'essentiel des efforts sur les plus aisés

Cette sobriété doit donc être individuelle, mais aussi collective, grâce à des innovations organisationnelles et sociales, expliquent les experts de cette société savante, issus de l’industrie, de la recherche et de l’enseignement supérieur. «On ne peut pas dire à quelqu’un qui travaille dans une zone à faible densité, où il y a peu de solutions de transport en commun, de renoncer à sa voiture, estime Barbara Dalibard. Mais on peut soutenir davantage la petite voiture électrique et le transport collectif, investir dans des outils numériques destinés à rendre le covoiturage plus simple et désirable pour soutenir ceux qui ont moins de ressources.» Un soutien qui peut s’appliquer également à des solutions de chauffage, de cuisson ou de mobilité, grâce au transfert massif de technologies.

Mais c’est bien des plus riches, y compris dans les pays développés, que doit venir l’essentiel des efforts. Pour rappel, les 10% des personnes les plus aisées dans le monde sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre. Des riches qui devront «consommer moins de produits et services à forte empreinte environnementale», estime le rapport. Dans ce contexte, les académiciens n’excluent pas le recours à la régulation. Denis Ranque appelle à faire feu de tout bois. «Il faut un récit mobilisateur qui explique pourquoi et comment on doit y aller, des incitations pour accompagner au démarrage comme avec France 2030, les subventions à la voiture électrique ou des aides à l’isolation, et s’il le faut, de la réglementation». Car sept ans, c’est court.

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