RTE fait le bilan. Le gestionnaire du réseau d’électricité a présenté, ce jeudi 16 mars, son compte-rendu de l’hiver 2022-2023, marqué par "une crise énergétique inédite depuis les chocs pétroliers des années 1970", souligne le réseau de transport dans un communiqué. Plus précisément, cet hiver s’est trouvé à la conjonction de trois crises : «crise du gaz liée à la guerre en Ukraine, crise de production hydraulique qui a joué sur les prix, et crise de la disponibilité nucléaire, à son niveau le plus bas depuis 1988», résume en conférence de presse Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE.
L’approvisionnement du pays en énergie a bien été assuré, s’est réjoui le gestionnaire, qui met en avant trois facteurs : un hiver doux, mais surtout la sobriété énergétique et les importations en provenance des pays voisins. Sans ces mesures, jusqu’à huit signaux EcoWatt "orange" et douze signaux "rouge" auraient pu être émis, préalables à d’éventuels délestages. RTE n’a finalement pas eu à émettre d'alerte rouge.
L’allumage du chauffage retardé grâce à des températures clémentes
La disponibilité du parc nucléaire, déjà historiquement faible en raison de problèmes de corrosion et du calendrier de maintenance des réacteurs, ne s'est pas à nouveau amoindrie, évitant à RTE de s'adapter à ses scénarios les plus pessimistes. Par ailleurs, "l’interconnexion des pays européens a fonctionné de manière particulièrement fluide, avec des importations d’électricité ayant pu atteindre 15 GW", précise le communiqué. «Cela montre que l'Europe de l’électricité est concrète et va vers les pays qui en ont le plus besoin, même si on en revoit le design», estime Jean-Paul Roubin, directeur exécutif clients, marchés et exploitation chez RTE, alors qu’une réforme du marché européen de l’électricité est actuellement en projet au niveau européen.

La météo clémente de cet hiver est un autre élément d’explication. Les températures élevées enregistrées cet automne ont retardé le moment d’allumer le chauffage pour beaucoup de ménages, un phénomène également observé pendant les fêtes. Malgré quelques épisodes de froid plus intenses, ce sont 7 TWh d’électricité qui ont pu être économisés grâce au redoux, ce qui correspond à un quart seulement des économies d’énergie réalisées sur la période. Au total, 232 TWh ont été consommés entre septembre 2022 et mars 2023.

20 TWh d’énergie économisés grâce aux effets "hors météo"
C’est bien la sobriété énergétique, c’est-à-dire la baisse de la consommation d’électricité des particuliers, des entreprises et des collectivités locales, qui a permis de faire des économies d’énergie. Dès septembre, la consommation d’électricité a "diminué de manière inédite". Si tous les secteurs se sont mobilisés, l’effet a été plus notable dans le tertiaire (bureaux, commerces, services publics…) et le résidentiel, plus sensibles au redoux de cet hiver.
«Cela confirme que la chauffage est le premier levier de réduction de la consommation», pointe Thomas Veyrenc, directeur exécutif en charge du pôle stratégie de RTE. En ce qui concerne l’industrie, ce sont la métallurgie, la sidérurgie et la chimie, très sensibles à la météo, qui se sont le mieux converties (parfois dans la douleur) à la sobriété énergétique. Les effets "hors météo" représentent en tout 20 TWh, soit les trois quarts des économies d’énergie enregistrées, sans que RTE ne puisse encore distinguer entre effets économiques face aux tarifs prohibitifs de l’énergie, comportements citoyens et plan sobriété du gouvernement.

Les fissures sur les réacteurs nucléaires ne changent "pas fondamentalement" les prévisions
La sobriété énergétique s’installera-t-elle dans la durée, ou est-elle uniquement liée aux coûts de l’énergie ? RTE ne peut pas encore le dire, mais planche sur de futures trajectoires de consommation, prenant en compte cette donnée, pour le mois de mai prochain. Le gestionnaire travaille aussi sur l’impact de la sécheresse hivernale sur les nappes phréatiques, et de ses conséquences cet été en cas de canicule.
Le réseau de transport a également annoncé le développement d’un EcoWatt "vert", qui permettrait aux Français de ne consommer que de l’électricité décarbonée. Quant aux fissures découvertes sur les réacteurs nucléaires en maintenance, elles ne changent "pas fondamentalement" les attentes pour l’hiver 2023-2024. Ces fissures ne sont «pas du tout une nouvelle de la même ampleur que l'année dernière, quand on a appris l'existence du défaut de corrosion sous contrainte», a tenu à rassurer Thomad Veyrenc.



