Contraint de proposer des alternatives aux hydrocarbures d'origine russe, TotalEnergies se tourne vers le Qatar. Le groupe français a indiqué dimanche 12 juin avoir été sélectionné par l'émirat pour un méga chantier visant à étendre les capacités de North Field, le plus grand champ gazier du monde (environ 10% des réserves de gaz naturel de la planète). Baptisé North Field East (NFE), ce projet à 28 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) devrait démarrer en 2026 et permettre de produire au total 32 millions de tonnes de GNL par an, via quatre unités de liquéfaction de huit millions de tonnes chacune.
Concrètement, TotalEnergies détiendra 25% d'une nouvelle coentreprise lancée avec QatarEnergy (75%), qui possèdera elle-même 25% de NFE. Ainsi, la supermajor tricolore disposera directement de 6,25% du projet. D'autres géants pétroliers, à l'image d'Exxon Mobil, de Shell, d'Eni et de ConocoPhilips, devraient également être désignés partenaires dans les prochains jours mais leur part sera moins importante, a précisé le ministre de l'énergie qatari Saad Sherida Al-Kaabi. Le Qatar prévoit par ailleurs de développer aussi la zone sud de North Field en construisant deux autres unités de liquéfaction et devrait choisir ses associés d'ici à la fin de l'année. Au total, la production annuelle de GNL du pays devrait ainsi passer de 77 millions de tonnes aujourd'hui à 126 en 2027.
Un partenariat critiqué
« Avec ses faibles coûts et ses faibles émissions de gaz à effet de serre, grâce à la capture et au stockage du carbone, l'extension de North Field apportera une contribution exemplaire et majeure à notre stratégie de croissance dans le GNL bas carbone », s'enthousiasme le PDG du groupe Patrick Pouyanné dans un communiqué, en rappelant que TotalEnergies est présent au Qatar depuis plus de 80 ans. L'entreprise a d'ailleurs participé à la naissance de l'industrie du GNL qatari, à travers les projets Qatargas 1 puis Qatargas 2 en 2005, et a ainsi aidé l'émirat à devenir l'un des principaux producteurs mondiaux.
« Ce nouveau partenariat nous permettra de renforcer notre portefeuille mondial de GNL et, avec le Qatar, il soutiendra notre capacité à contribuer à la sécurité énergétique de l'Europe », a ajouté le dirigeant. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les Européens cherchent en effet des alternatives aux hydrocarbures russes et resserrent ainsi leurs liens avec les pays exportateurs de la péninsule arabique, malgré les fréquentes accusations de violations des droits humains. Le Qatar a ainsi récemment indiqué fournir des quantités additionnelles de GNL à la Grande-Bretagne et a annoncé un accord de coopération avec l'Allemagne.
Avec Reuters (Maha El Dahan à Doha et Benjamin Mallet à Paris)


