Les experts lèvent les yeux au ciel lorsque l’on évoque le recyclage des emballages plastiques. Les contenants multicouches, comme les barquettes de jambon, les bouteilles de lait, les recharges de shampoing – et plus globalement tous les packagings qui protègent un produit de la lumière, de l’humidité, de l’oxygène, d’arômes et de graisses – sont composés de différentes couches de matière, souvent plastiques. Aussi utiles soient-ils pour la conservation de nos produits, ces emballages « complexes » ont comme inconvénient d’être non recyclables, puisqu’ils ne peuvent être fléchés vers un flux de matière unique.
Conséquence, ils s’accumulent dans les zones d’enfouissement, quand ils ne sont pas incinérés. Mais cela pourrait bientôt changer.
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Depuis 2019, Terminus, un projet européen coordonné par Sigma Clermont, école d’ingénieurs à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), conçoit un emballage multicouche intelligent doté d’une fonction d’autodélamination des couches, activable à la demande.
Récupération et recyclage des matériaux monocouche
Le projet consiste à développer des adhésifs ou des couches intermédiaires qui embarquent des enzymes encapsulées, résistantes au stress thermique et à la température.
— Vincent Verney, chercheur au CNRS et expert des polymères
« Le projet consiste à développer des adhésifs ou des couches intermédiaires qui embarquent des enzymes encapsulées, résistantes au stress thermique et à la température, explique le chercheur au CNRS et expert des polymères Vincent Verney, qui coordonne les travaux. Une fois le matériau utilisé, on déclenche la biodégradation de l’adhésif ou de la couche intermédiaire.» Le résultat est une délamination de l’emballage permettant la récupération et le recyclage des matériaux monocouches, conformément aux objectifs d’économie circulaire et d’environnement de l’Union européenne. La technologie est appliquée aux adhésifs biodégradables à base de polyuréthane (PUR) utilisés pour le laminage à froid, ainsi qu’aux polymères et couches de liaison en extrusion-soufflage.
Terminus, qui bénéficie d’un financement de 5,7 millions d’euros, compte parmi ses 13 partenaires des organismes de recherche et des entreprises privées, comme le fabricant de briques alimentaires Tetra Pak. Les travaux s’achèveront en 2023.
En France, l’utilisation d’enzymes pour le recyclage des plastiques est aussi au cœur de la technologie de Carbios et de la société Carbiolice. Le premier a mis au point une solution pour dépolymériser le polyéthylène téréphtalate (PET), tandis que le second y recourt pour rendre le PLA, un bioplastique biodégradable, compostable à domicile.



