Même sans matières fossiles ni persistance dans l’environnement, les bioplastiques ne seront pas forcément épargnés par la disparition annoncée des plastiques à usage unique.

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Les bioplastiques ont démontré leur intérêt dans les films de paillage agricole.

La France et l’Europe sont les leaders mondiaux des bioplastiques. Aux côtés de champions industriels tels Novamont, Sphere et Vegeplast, on trouve des entreprises innovantes comme Carbiolice, qui produit des enzymes pour rendre l’acide polylactique compostable, et Lactips, qui fabrique à base de caséine de lait des bioplastiques solubles dans l’eau, comestibles, imprimables, fonctionnalisables et qui font barrière au gaz.

Au quotidien, on croise ces plastiques principalement sous forme de sacs pour la vente de fruits et légumes et la collecte de biodéchets ou d’emballages hydrosolubles de pastilles de lave-vaisselle et de lessive. Il a fallu des dizaines d’années de R & D pour mettre au point ces plastiques débarrassés de nombreux travers, en début comme en fin de vie. Pour entrer au club des bioplastiques (dans l’acception française du mot), ces résines doivent être majoritairement biosourcées et compostables, même en compost domestique.

La loi demeure floue

Elles ne sont pas pour autant épargnées par la trajectoire française et européenne de suppression des plastiques à usage unique. Au niveau européen, la directive SUP ne leur accorde qu’un délai de dix-huit mois avant qu’ils rejoignent la longue liste des produits interdits. En France, leur sort reste suspendu aux décrets d’application de la loi économie circulaire. "Les fabricants de plastiques compostables auraient souhaité être exclus totalement des plastiques jetables, mais ces plastiques n’ont pas de définition scientifique particulière", commente la sénatrice (LR) des Yvelines Marta de Cidrac, qui a négocié la version finale de la loi économie circulaire en commission mixte paritaire. Et qui souhaite désormais s’atteler à définir cette compostabilité.

Un rapport gouvernemental attendu début 2021 sur les plastiques compostables participera à trancher s’ils sont une partie du problème ou une solution de substitution aux plastiques classiques. Les producteurs de bioplastiques sont conscients de ne pas proposer une panacée, car leurs produits "ne peuvent pas substituer tous les plastiques appelés à disparaître", reconnaît Christophe Doukhi de Boissoudy, le directeur général de Novamont France et président du Club bioplastiques. Mais ils pensaient avoir démontré l’intérêt de leurs solutions dans certaines applications, comme les films de paillage agricole et les sacs pour la collecte de biodéchets, qui va devenir obligatoire fin 2023…

S’ils survivent, ils pourraient aussi substituer le film plastique qui rend étanches les gobelets et les assiettes en carton. "Les producteurs de ces matières se sont tiré une balle dans le pied lorsqu’ils les ont appelées plastiques, conclut Marta de Cidrac. Mais c’était une autre époque où le plastique était fantastique."

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