Il n'en démord pas. Le fonds d’investissement Alix AM, actionnaire minoritaire d’Atos, reste farouchement opposé au projet de vente de Tech Foundations, la division qui regroupe les activités déclinantes d’infogérance, au groupe EPEI de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Et il le redit dans un nouveau courrier adressé au conseil d’administration d’Atos le 1er décembre 2023 et publié sur le blog Atos Bourse.
Le conseil d’administration semble pourtant avoir entendu les critiques des actionnaires frondeurs. Le 28 novembre 2023, il annoncé engager "des négociations exclusive avancées avec EPFI pour modifier et simplifier certains termes de la cession envisagée de Tech Foundations", sans préciser les termes en question ni dans quels sens il voudrait les changer.
Deux points font polémique : l’entrée d’EPEI à hauteur de 7,5% dans le capital d’Eviden, l’autre division réunissant les activités porteuses dans le digital, la cybersécurité et le calcul intensif, à la faveur d’une augmentation de capital de 900 millions d’euros, et le chèque de 1 milliard d’euros à accorder à Daniel Kretinsky sous la forme d'un transfert de BFR (besoin de fonds de roulement) en compensation des pertes chroniques de Tech Foundations. Le cabinet de conseil numérique Onepoint, devenu le premier actionnaire de référence d’Atos avec environ 10% du capital, demande de libérer EPEI de son engagement à souscrire à l’augmentation de capital et de reporter le montant d’investissement prévu dans cette opération (environ 220 millions d'euros) sur le prix de vente de Tech Foundations.
Un projet industriel contre un projet financier
Même si Daniel Kretinsky accepte ces changements moins favorables à son groupe, Alix AM ne se montre pas prêt à approuver une transaction qu’il voit toujours comme un projet destructeur de valeur pour les actionnaires et dont la mise en œuvre constituerait selon lui «une faute de gestion». Le fonds contestataire pointe les risques pour Eviden de supporter tout le poids de la dette du groupe (2,3 milliards d’euros aujourd’hui) et de perdre les synergies avec Tech Foundations dans le cloud ou la cybersécurité. Convaincu qu’il existe une autre solution que ce projet de démantèlement, il met sur la table un plan alternatif qui préserve l’intégrité du groupe et qu’il présente comme «un projet industriel, porteur de création de valeur future», contrairement au plan de cession, dénoncé comme «un projet purement financier construit autour du seul intérêt d’EPFI».
Ce plan alternatif implique deux étapes. La première consiste à nommer avant la fin de l’année 2023 un nouveau directeur général «ayant l’expertise incontestée du secteur et capable de constituer une équipe de direction compétente pour redresser et développer Atos ». La nomination en octobre d’Yves Bernaert, un ancien d’Accenture, à ce poste ne semble donc pas répondre aux exigences d’Alix AM. Elles soulèvent des interrogations sur ses capacités à assumer la plénitude de ses fonctions alors que des dissenssions font jour avec le président du conseil d'administration Jean-Pierre Mustier. La nomination le 6 décembre de Carlo d'Asao Biondo, jusqu'ici adminiustrateur, au poste pompeux de directeur général en charge des opérations pour la période de transformation du groupe en 2024, est vu par les analystes comme le moyen pour le conseil d'administration de reprendre la main.
Un sacrifice salutaire
La seconde étape réside dans le lancement d’une revue stratégique des actifs pour déterminer ceux qui sont indispensables au développement d’Atos. Alix AM préconise à Atos de se recentrer sur ses points forts, tant géographiques que technologiques et commerciaux, et d’envisager la cession de tous les actifs qui n’ont pas la taille critique. Il pointe en particulier la position de petit poucet du groupe français aux Etats-Unis où il est difficile de rivaliser avec des géants américains tels que IBM, Kyndryl, Accenture et DXC Technology. Il considère la cession d’actifs périphériques comme un sacrifice salutaire, nécessaire au désendettement et au financement de la restructuration du groupe. Au bout de ce plan, il voit émerger un nouvel Atos avec un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros, soit 3 milliards d’euros de moins qu’aujourd’hui, mais une marge d’exploitation bénéficiaire autour de 6%.
Si le projet de vente de Tech Foundation à Daniel Kretinsky est mis en œuvre, Alix AM menace de poursuivre les membres du conseil d’administration, à titre individuel et solidaire, pour manquement flagrant à la responsabilité fiduciaire inhérente à leur qualité d’administrateur, et de réclamer plus de 1 milliard d’euros de dédommagement des actionnaires. Le fonds a déjà déposé, le 22 septembre 2023, une plainte au Parquet national de Paris pour corruption active et passive d’agents privés au sujet de ce projet de cession.



