Le pétrole se vend à des prix bien inférieurs aux cotations officielles, rappelle Philippe Chalmin

Dans sa chronique hebdomadaire, l’expert des matières premières Philippe Chalmin souligne l’impact économique du "grand confinement" et aborde les mouvements provoqués par le coronavirus sur les marchés de commodités. Le pétrole, qui semblait se stabiliser, se vend en réalité bien en-dessous de ses cours officiels.                                                                                           

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Petrole stockage
Le stockage de pétrole va rapidement devenir compliqué, faute de place, alors que la demande est prévue en baisse de 20% et que la production augmente.

"Cette deuxième semaine du ‘grand confinement’ a surtout été marquée par la prise de conscience de l’ampleur de la crise économique provoquée par le coronavirus", relève Philippe Chalmin, professeur à l’université Dauphine et fondateur du cercle CyClope. "Parler de 1929 est encore exagéré", affirme l'économiste, qui rappelle qu'en 1933, "le PIB américain était de 60 % de celui de 1929" et que "la Bourse avait dévissé de 85 %". Néanmoins, certains chiffres "glacent le sang", comme celui de la Deutsche Bank qui annonce "24% de recul en rythme annuel pour la zone euro". Sur l'année, les prévisions sont encore mesurées: "entre -2 % et -5 %", résume Philippe Chalmin.

Le pétrole saoudien à seulement 16 dollars

Le pétrole bat de nouveaux records à la baisse ce 30 mars après être resté relativement stable du 23 au 27 mars, dans une fourchette de 25 à 28 dollars le baril de Brent. "La réalité est assez différente, car sur les marchés physiques les différentes qualités s’échangent à des prix bien inférieurs, allant jusqu’à 8 dollars pour le Merey du Venezuela, 10 dollars pour le Western Canada Select, 18 dollars pour l’Oural russe, et même seulement 16 dollars pour l’Arabian light saoudien", alerte Philippe Chalmin. "Même les bruts les plus valorisés sont en discount sur le Brent, de 2 à 4 dollars pour l’Algérie et le Nigeria."

La demande en baisse de 20 %

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Le négociant Vitol, tout comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE), prévoit une baisse de demande de 20 %, soit 20 millions de barils par jour. Loin de baisser, la production est prévue en hausse de 3 millions de barils par jour en avril, une hausse due aux efforts de production promis par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et la Russie. La production américaine, elle, ne pourra pas baisser rapidement malgré des producteurs de pétrole de schiste en grande souffrance. "Il se dit même que l’Arabie saoudite n’arrive pas à trouver preneur pour son brut et est très en retard sur ses espérances d’exportation", commente Philippe Chalmin dans sa chronique.

La faible demande en métaux compensée par la baisse de production

"La chute des prix est à peu près générale sur les marchés des métaux non-ferreux", note Philippe Chalmin. "Ceci dit, il va falloir aussi tenir compte des fermetures de mines et des problèmes logistiques liés au coronavirus. On ferme des mines au Chili, au Pérou et même en RD Congo." Seuls "le secteur du fret et de l’acier", le premier porté par le stockage flottant de pétrole, le second par la reprise en Chine, font preuve " d’une incontestable fermeté", même si l'indice Baltic du vrac sec "reste déprimé".

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