Le PDG de Veolia Antoine Frérot propose le maintien de Suez France

Nouveau rebondissement dans le feuilleton Suez-Veolia. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot vient de proposer à Suez de conserver toutes ses activités en France avec le fonds Meridiam. Mais il exige que sa direction mette fin à ses cessions à l’international. La direction et les salariés de Suez s'opposent à ce projet.

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Antoine Frerot
Antoine Frérot, le PDG de Veolia propose à Suez de conserver l'ensemble de ses activités en France.

" Veolia propose aujourd’hui de maintenir intactes les activités de Suez en France ", a annoncé jeudi 11 mars Antoine Frérot, le PDG de Veolia lors d’une conférence de presse. Cela signifie que Suez France, qui conservera son nom si la proposition est acceptée, mais dans laquelle le fonds Meridiam investirait et s’engagerait pour 25 ans, garderait non seulement les activités eau, mais également la gestion des déchets et la R&D.

Si le Conseil d’administration valide cette proposition, Suez conserverait en France son périmètre de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 25 000 salariés. Rien ne changerait pour ces salariés. Ils maintiendraient leurs acquis sociaux, et surtout Antoine Frérot a garanti l’emploi pour quatre ans à partir de la date de reprise de Suez. "Cette proposition est de nature à répondre aux préoccupations des salariés mais aussi des pouvoirs publics. Elle garantit dans la durée les intérêts de notre pays." Elle doit permettre de maintenir la concurrence. "Le nouveau Suez sera trois à quatre fois plus important en France que tous ses autres concurrents."

Suez, futur concurrent à l’international

Si le patron de Veolia estime que cette solution coûte à son groupe, puisque ce nouveau Suez conserverait environ un tiers du groupe actuel, il reconnait que l’antitrust l’aurait obligé à céder environ la moitié des activités sur les déchets en France. Surtout, il assure que Suez pourra à nouveau venir concurrencer dans le futur Veolia à l’international.

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En contrepartie, il n’est plus question de céder certaines activités eau à l’international pour renforcer le nouveau Suez et surtout Antoine Frérot refuse d’augmenter le rachat des actions, dont le montant est actuellement fixé à 18 euros. D’ailleurs, il rappelle que le Conseil d’administration de Suez était prêt à accepter ce prix pour la proposition des fonds Ardian et Global Infrastructure Partners (GIP).

Mais Antoine Frérot qui dénonce les manœuvres dilatoires de Suez et la duplicité de ses dirigeants, exige en contrepartie que ces derniers cessent toutes les cessions stratégiques engagées, notamment en Australie et en Grande-Bretagne. "Ce sont des actifs très importants pour notre projet. Si Suez cède ces actifs, il ne pourra pas y avoir d’accord, prévient le patron de Veolia. Ces démarches sont contraires à l’intérêt social de l’entreprise et à sa raison d’être. Lors de la présentation du plan Shaping Suez 2030, monsieur Camus [directeur général de Suez, ndlr] avait affirmé que l’Australie est un territoire de développement." La vente des activités déchets dans ce pays est estimée entre 1,3 et 2 milliards d’euros.

Opposition de la direction et des salariés de Suez

La réaction de la direction de Suez ne s'est pas faite attendre. Elle considère que ces propositions ne représentent "aucune avancée sérieuse". Et si le Conseil d'administration étudiera ce nouveau projet, il ne pourra valider un tel schéma qui ne prévoit "aucune  valorisation de Suez à un prix juste". Et dans un communiqué, Suez indique que "les activités en France constitueraient un ensemble non pérenne puisque amputées de la croissance et de l’innovation des développements internationaux. Le retour en arrière proposé "de 20 ans" n’offrirait pas aux clients la concurrence d’un leader international [...]".

Du côté des salariés, c'est également la soupe à la grimace. "C'est un groupe français amputé de toute activité internationale avec des frais de structure d'une entreprise internationale, explique Franck Reinhold von Essen, représentant de l'intersyndicale de Suez, à l'Usine Nouvelle. C'est une mort lente. Ils ne nous permettent pas de maintenir le niveau d'innovation qui est crucial dans nos métiers." Il semble croire davantage dans les promesses d'Ardian et GIP que celles de Meridiam, qui de plus "ne souhaitait pas reprendre les activités déchets". Par contre, il ne donne pas un blanc-seing à sa direction. Sur la cession des activités déchets en Australie et en Grande-Bretagne, "nous sommes vigilants. Si l'Australie est cédée, nous ne serons pas d'accord pour céder la Grande-Bretagne. Cela dépasserait le plan Shaping Suez 2030 de rotation des actifs."

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