Le groupe Avril affirme sa stratégie de montée en gamme sur le végétal

Avec des résultats records en 2022, le groupe Avril, qui détient les marques grand public Lesieur ou Puget, a les moyens d'investir pour dérouler sa stratégie de valeur sur l’ensemble de ses produits : des biocarburants, à la chimie du végétal en passant par les fertilisants organiques ou les produits alimentaires.

Réservé aux abonnés
Usine du Mériot groupe Avril
Usine de Mériot du groupe Avril

Une année "record" !  En 2022, le groupe Avril, spécialisé dans la transformation du végétal pour l’alimentaire, l’énergie et la chimie, a vu son chiffre d’affaire grimper de 32 %, porté par une conjoncture dynamique et une hausse des prix due aux tensions d’approvisionnement sur la zone agricole Russie-Ukraine.

Et il n’y a pas que le chiffre d’affaire qui a été boosté chez Avril, les bénéfices aussi. La hausse générale du prix de certaines matières premières agricoles est loin d’avoir pénalisé les marges du groupe qui a augmenté son EBITDA de 64 % et son résultat de 45% à 218 millions d’euros contre 150 millions en 2021. Le directeur général Jean-Philippe Puig confirme que les prix de ses produits ont été revalorisés, «c’est la loi de l’offre et de la demande».  Il indique aussi que «la course à la sécurisation des approvisionnements des clients explique la performance record de l’entreprise».  D’autant que le  groupe avait soit des couvertures longues pour ses propres achats sur le marché mondial, soit déjà sécurisé des achats locaux (tournesol, colza) avant même le début de la guerre en Ukraine, ce qui lui a permis d’échapper à l’envolée des matières premières agricoles et de servir ses clients.

Une conjoncture 2023 encore floue mais des actifs solides

Pour 2023, la situation se présente de manière un peu différente. La baisse des marchés de matières premières agricoles devrait avoir un impact sur les prix des produits transformés et le ralentissement de l’activité économique refroidit la demande de ses produits de spécialités destinés aux industriels. Le directeur général du groupe estime que «les résultats de 2023 ne seront pas au niveau record de 2022. Nous ne visons pas le même niveau et nous y verrons plus clair à la fin du second semestre.»

Mais, hors effet conjoncture, Avril estime toutefois qu’il est bien placé pour que sa stratégie de valeur continue de porter une croissance solide. Quelles que soient les divisions, l’objectif est de livrer des produits différenciants et plus haut de gamme. Sur les biocarburants, la société mise beaucoup sur le succès d’une de ses innovations l’Oleo100, un biocarburant en 100% colza français, bien moins concurrencé que le diester. L’entreprise en a produit 100 000 tonnes en 2022 et vise les 200 000 tonnes en 2023. Elle équipe plus de 1000 flottes de transporteurs routiers en approvisionnant elle-même les cuves installées chez les clients. «Avec cette intégration nous sommes à la fois producteurs et distributeurs», explique Jean-Pierre Puig. De quoi récupérer la marge des deux activités.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Acquisitions dans toutes les divisions

Sur ses produits de grande consommation, l’entreprise a acquis en 2022 la marque  italienne «Italians do it better», qualifié de « Rolls » de la sauce tomate, va développer les légumineuses de Vivien Paille (racheté à Soufflet) et lance sous sa propre marque Lesieur ce printemps une gamme de produits cuisinés «Ma popote». De quoi compléter les gammes d’huiles et de sauces de Lesieur. Elle a également fait l’acquisition d’une petite entreprise de substitut végétaux autrichienne, Vegini, et est en négociation exclusive pour une start-up allemande, Sunbloom proteins, qui développe des préparation de protéines végétales à partir de tournesol, ce qui constitue une innovation.

Sur ses produits de spécialités, Avril a acheté une usine aux Texas à Conroe pour développer des huiles indispensables pour les forages pétroliers et se développe sur la cosmétique pour répondre à la forte demande des industriels du secteur pour des ingrédients biosourcés.

Enfin pour ses engrais et amendements destinés à l’agriculture, Avril a également acquis Amendis, une société qui va accélérer le développement de sa filiale Terrial sur le marché de la fertilisation organique.

Investissement sur l'outil industriel

Au global  l’entreprise a procédé à six acquisitions en un an pour un coût de 100 millions d’euros et s’est totalement désengagée de ses activités de transformation animale (porc, œufs). Elle déroule son plan stratégique, avec, au-delà des acquisitions, de gros investissements sur ses sites industriels et en R&D (235 millions en 2022) pour devenir un leader de la transformation végétale «au service des transitions alimentaires, agricoles et environnementale». Reste à réduire sa propre empreinte énergétique en développant encore plus les équipements de cogénération de ses usines et à s’attaquer sérieusement à la question de sa consommation d’eau. «Nous avons fait de petits investissements mais nous n’avons pas encore suffisamment travaillé sur le sujet, avoue Jean-Philippe Puig. Nous allons en faire une priorité». Les enjeux environnementaux ont également un impact sur le développement de l’outil industriel car avec le réchauffement climatique, la culture du tournesol remonte au nord de la France et conditionnera la géographie des futures usines.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.