Face aux risques de pénurie, le groupe Avril veut augmenter ses capacités de production françaises d’huile de tournesol de 30%

Deux tiers des importations d'huile de tournesol viennent d'Ukraine. Face à de possibles tensions d'approvisionnement, le groupe Avril veut augmenter de 30% la production française de cet oléagineux. 

Réservé aux abonnés
Tournesol - Agriculture
Le groupe Avril veut augmenter sa capacité de production de tournesol français de 30% d'ici à 2023.

Les rayons des supermarchés de plus en plus vides, des restaurateurs qui peinent à alerter sur leurs difficultés d'approvisionnement... L'inquiétude commence à monter chez les acteurs de l'agroalimentaire. Des craintes qui tiennent à la place de l'Ukraine sur le marché des tournesols. Avec la Russie, le pays écoule 80% de l'huile de tournesol consommée dans le monde.

En France, sur les 130 000 tonnes importées chaque année, deux tiers proviennent d'Ukraine. C'est pour faire face aux risques de pénurie que le groupe Avril (6,8 milliards de chiffre d'affaires) a annoncé, jeudi 14 avril, son intention d'augmenter sa capacité de production de tournesol français de 30% d'ici à 2023. « Notre objectif est d'atteindre les 900 000 hectares dès l'année prochaine », explique Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe.

Le tournesol, une culture aux nombreux atouts

Pour convaincre les agriculteurs d'opter pour le tournesol, les dirigeants du groupe misent sur les atouts de cette plante. « Alors que le prix de l'unité d'azote a été multiplié par six, à 2,6 euros l'unité ces derniers mois, le tournesol est l'une des plantes qui en demande le moins », souligne Arnaud Rousseau, président du groupe. A titre de comparaison, par cycle de vie, le tournesol requiert 50 unités d'azote contre plus de 150 pour le maïs, la principale culture avec laquelle les agriculteurs devront arbitrer au moment des semis.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Autre élément susceptible de jouer en faveur du tournesol en France : le temps de séchage nécessaire pour le produit. Comme le précise Arnaud Rousseau, le tournesol est cueilli avec un taux d'humidité de 18%, mais ne peut être travaillé qu'à 9%. Cela signifie que la plante doit être séchée pour perdre 10% d'humidité, tandis que le maïs est collecté à 35% d'humidité, mais doit atteindre les 15% pour être trituré. « Sachant les unités de séchage fonctionnent toutes au gaz, nous pouvons penser que les agriculteurs feront le choix de la sécurité », anticipe le dirigeant.

Augmentation des capacités de production

Pour Jean-Philippe Puig, « avoir des surfaces sans moyen de les triturer n'a aucun sens ». C'est pourquoi Avril a aussi annoncé un projet d'augmentation des capacités de trituration de sa filiale Saipol. Ces nouveaux volumes seront destinés à l'agroalimentaire, et notamment aux marques distributeurs qui jusqu'alors étaient parmi les grands importateurs d'huile ukrainienne. « Pour nos marques propres comme Lesieur, nous ne travaillons déjà qu'avec des tournesols français », certifie le directeur général.

La localisation de ce projet et son investissement n'ont pas encore été précisés. Le groupe Avril dit envisager à la fois l'augmentation de capacité d'un site existant et la construction d'une nouvelle usine. « Nous venons à peine de lancer le projet. Il faudra entre trois et quatre ans pour que ce dernier aboutisse », note Jean-Philippe Puig. Avril espère voir la production de tournesol passer de 700 000 graines aujourd'hui à un million en 2023, « de quoi rééquilibrer la balance commerciale française dans ce domaine », espèrent ses dirigeants.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.