Avec la guerre en Ukraine, des craintes croissantes autour de l'approvisionnement en huile de tournesol

Avec la Russie, l'Ukraine est l'un des plus gros producteurs de tournesol au monde. Chaque année, en moyenne 15 millions de tonnes de tournesol sont produites sur le sol ukrainien. La guerre met en péril l'approvisionnement des industriels de l'agro.

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Tournesol - Agriculture
L'Ukraine est un des plus gros producteurs de tournesol.

Avec 15 millions de tonnes produites en moyenne par an, l'Ukraine est, avec la Russie, l'un des plus gros producteurs de tournesols au monde. L'essentiel de cette production est exportée, notamment sous forme d'huile. Comme le rappelle Nathan Cordier, responsable de l'analyse des marchés pour Agritel, « l'Ukraine représente 50% des parts de marché de ce produit. Si l'on ajoute la Russie, c'est 80% des parts de marché. Il y a donc une vraie dépendance des industries agroalimentaires européennes à ces importations, et un danger de pénurie ».

Les industriels de l'agroalimentaire, qui utilisent l'huile de tournesol dans la composition de certains de leurs produits, sont les principaux concernés par cette dépendance. Les producteurs de frites ou de chips font face à une explosion des prix. Depuis le début de l'année, le coût de l'huile de tournesol a doublé, à plus de 3 500 euros le litre.

Risques sur la récolte 2022

Et la situation pourrait encore s'aggraver dans les mois à venir. En cause : la récolte 2022 de tournesol ukrainien, qui devrait être sans surprise fortement affectée par le conflit. Selon le cabinet de conseil ukrainien APK Inform, la production locale pourrait être amputée jusqu'à 30% par rapport à celle de l'année 2021. « La récolte sera à son niveau le plus faible depuis 13 ans, avec 4,2 millions de tonnes attendues », précise le cabinet dans une note de synthèse. « Le déclin s'explique par le fait que la majorité de l'activité militaire se déroule dans les régions clés de la production de graines de tournesol - le sud (oblasts de Mykolaïv, Kherson, Zaporizhzhia) et l'est (oblasts de Kharkov, Donetsk, Lougansk) », est-il précisé.

Autre source de préoccupation pour les industriels : l'arrêt des unités de trituration, où les graines récoltées sont transformées en huile. Entre les bombardements et les travailleurs réquisitionnés pour rejoindre l'armée ukrainienne, ces usines ne tournent quasiment plus. Résultat : les acteurs français se penchent sur de nouvelles sources d'approvisionnement. Leader dans le secteur de l'huile de table, le groupe Avril explique rechercher « les meilleures alternatives possibles aux huiles d’importation utilisées pour les marques distributeur ou la restauration hors-domicile ». Pour Lesieur, sa marque leader, le groupe dit ne travailler qu'avec de l'huile française. 

Augmenter la production française

Les prochains semis pourraient également être affectés par le conflit. Les usines de semences ukrainiennes, à l'image de celle que possède la coopérative agricole française Maïsadour à Dnipropetrovsk, sont également partiellement à l'arrêt. 

Pour faire face à la situation, l’inter-profession française des huiles et protéines végétales, Terres Univia, appelle les producteurs français à augmenter leurs surfaces de culture. Actuellement, 700 000 hectares de tournesol sont plantés en France. « Cette culture oléoprotéagineuse dispose de nombreux avantages », explique une porte-parole de l'inter-profession. En premier lieu : la frugalité de cette culture en engrais. « Compte tenu des tensions sur les engrais, il est particulièrement important de pouvoir compter sur les faibles besoins en fertilisants de certaines cultures, dont le tournesol, pour équilibrer au mieux les assolements et les marges des exploitations », se félicite Terres Univia.Reste à savoir si leurs conseils seront écoutés. « Au final, l’exploitant est maître de son assolement », convient la représentante de la filière.

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