Le Critical Medicines Act doit encore se muscler

La Commission européenne vient de publier le draft de son Critical Medicines Act, censé améliorer la disponibilité des médicaments à l'intérieur des frontières de l'Europe. Notamment pour lutter contre les pénuries. Le Sicos, qui fédère les acteurs de la chimie fine pharmaceutique en France, partage la vision de ce document, mais demande des objectifs clairs et chiffrés pour passer du constat aux actes.

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L'Europe veut retrouver sa souveraineté en matière de production de médicaments.

La Commission européenne donne des nouvelles de son « Critical Medicines Act ». Ce texte, en préparation depuis la fin 2023, vise à améliorer la disponibilité de médicaments essentiels dans l'Union européenne. Il s'appuie sur une liste de 270 substances actives, couvrant les traitements de maladies telles que les infections, les maladies cardiovasculaires, les troubles mentaux et le cancer.  Elle a été élaborée en collaboration avec plusieurs États membres, dont la France. Cependant, entre la pandémie de Covid-19 et des tensions géopolitiques croissantes, la vulnérabilité de la chaîne d'approvisionnement de ces médicaments n'a jamais été aussi forte, en raison de la concentration de leur production en Chine et en Inde.

Ainsi, le 11 mars 2025, Olivér Várhelyi, commissaire européen à la Santé et au bien-être animal, a présenté devant le Parlement européen une première version d'un document qui sera soumis au vote d'ici à la fin de l'année. Le Sicos, représentant les acteurs de la chimie fine en France, a immédiatement salué le travail et les bonnes intentions de la Commission européenne, qui s'articulent principalement autour de mesures de soutien pour les producteurs de molécules matures, ainsi que d'actions en matière d'achats publics de médicaments. « Ce projet de Critical Medicines Act reconnaît l'urgence de s'attaquer aux causes profondes des pénuries et de réduire la dépendance de l'Europe à l'égard des pays tiers », affirme le Sicos.

Le Sicos veille à la compétitivité

Mais, dans le même temps, l'association s'inquiète du manque d'objectifs « assumés, clairs et chiffrés » dans ce Critical Medicines Act, qui, en l'état, ne protégerait pas suffisamment la compétitivité des acteurs européens. « Notre profession souffre. Nous sommes extrêmement attaqués sur les produits matures. Et pour les produits innovants, les projets sont beaucoup moins foisonnants », souligne Vincent Touraille, président du Sicos. Ces difficultés font replonger la chimie fine, vingt ans en arrière, à l'époque de la montée en puissance des producteurs asiatiques.

Cependant, il avance quelques idées pour réduire concrètement la dépendance aux pays tiers : « L'EMA pourrait s'assurer qu'il y a bien au moins un voire deux fabricants européens pour chacune des 270 molécules listées dans la liste des médicaments critiques qu'elle a publiée, et soutenir des projets de relocalisation, dans le cas contraire. » Il ajoute qu'« au niveau des marchés publics, on pourrait s'attendre à imposer un minimum de 50 % de production européenne pour les 270 molécules listées et, plus particulièrement, sur les molécules les plus vulnérables ». Le document manque également d'éléments sur les montants et dispositifs qui pourraient être dédiés au soutien des projets stratégiques pour le développement et la production de médicaments essentiels « dans un court laps de temps et à hauteur des investissements effectués dans les pays concurrents. » Le Sicos souligne aussi l'absence de pistes pour rétablir une concurrence équitable vis-à-vis des concurrents non européens concernant les normes environnementales et sociales. Pourtant, il serait envisageable de prendre en compte une empreinte carbone et/ou d'imposer la remontée d'informations RSE. « L'Europe sera toujours plus chère que l'Asie. Même si nous innovons, nous aurons du mal à faire mieux que les Chinois, qui investissent également dans de nouveaux procédés », poursuit Vincent Touraille. Il y a donc urgence à agir. « Nous en sommes donc encore au diagnostic. Les solutions sont à présent partagées par tous. Place aux actes ! », nous enjoint Vincent Touraille.

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