De loin, on pourrait parler de miracle, tant en cette année 2024 Le Creusot crève l’écran par sa vitalité industrielle. Pourtant, quatre décennies plus tôt, au lendemain du dépôt de bilan de Creusot Loire, on prédisait plutôt la disparition du Creusot et de son industrie. La France était alors en crise, les communistes avaient quitté le gouvernement et les délocalisations, commencées avec l’industrie textile, n’étaient pas spécialement réjouissantes quant à l’avenir industriel de notre pays...
Sauf que dans ce département de Saône, le dépôt de bilan de Creusot Loire n’a jamais signifié la fin des activités industrielles. Juste des mutations. Contraintes pour certaines. Valorisantes pour d’autres.
Le Creusot, ses dirigeants, ses cadres et ses salariés, ont fait le dos rond. Alors que dans l’autre ville de la communauté urbaine, à Montceau-les-Mines, l’exploitation minière s’arrêtait, au Creusot on continuait à produire. «C’est vrai qu’on n’a jamais tourné le dos à notre industrie. On y a toujours cru, parce que les activités industrielles sont dans notre ADN», souffle David Marti, maire socialiste – mais pas Nupes – du Creusot et président de la Communauté Urbaine Le Creusot – Montceau.
Cinq locomotives industrielles
Bientôt 40 ans après son implantation l’usine Snecma, devenue Safran, spécialisée dans la production de disques de turbine pour les avions, inaugurée par François Mitterrand le 8 décembre 1987, a symbolisé la reconquête du territoire. Elle avait été implantée dans la Plaine des Riaux, berceau de la révolution industrielle, en Europe continentale, avec une première coulée de fonte au coke, en décembre 1785… Avec sept à huit de charge sur son carnet de commandes, Safran peut voir venir et s’est mis au diapason de la nécessaire transition énergétique, en produisant les disques de turbine pour le Leap, le remplaçant du CFM 56.
Safran est l’un des cinq groupes industriels, de dimension mondiale, implantés au Creusot. Ce qui fait du Creusot une ville unique en Europe, au regard de sa taille et de sa population, d’un peu plus de 22.000 habitants. Outre Safran, il faut citer Alstom où sont fabriqués tous les bogies des TGV, des trains TER et Intercités, des tramet des Métros. Ajoutez Thermodyn, du groupe GE, qui fabrique des compresseurs placés sur les oléoducs pour acheminer le gaz, mais aussi des turbines pour la production d’électricité. Restent les deux piliers de l’industrie du Creusot, ceux constituant sont ADN : Industeel (groupe ArcelorMittal) et Framatome.
Industeel, spécialiste des aciers spéciaux, qui excelle sur les marchés dits de niche, comme par exemple les blindages, ou encore des inox pour des usines de dessalement, est le fournisseur de Framatome qui avec le renouveau du nucléaire, n’en finit plus de voir ses besoins augmenter.
Une position stratégique entre Paris et Lyon
Le Creusot bénéficie de son implantation, entre Paris et Lyon, et de sa desserte en train à grande vitesse. Sa zone TGV, baptisée Coriolis, que la Communauté Urbaine avait voulu préserver des grands ensembles logistiques, devrait bénéficier de la bienveillance de l’Etat pour pouvoir s’étendre, en s’exonérant des contraintes sur la zéro artificialisation des sols. Pas question pour l’Etat en effet de freiner l’exceptionnelle embellie industrielle du basson du Creusot qui exporte 80% de ses productions industrielles. «Nous avons demandé, par exemple, pour Jimmy ou les joaillers MCGP, que leurs implantations soient considérées comme d’intérêt national et donc pas concernées par l’artificialisation des sols. Même demande aussi sera faite pour ce qui peut concerner l’extension des ateliers pour le nucléaire», souligne David Marti. Et d’ajouter. «On a aussi besoin de logements, de services publics, de suffisamment d’arrêts TGV», martèle le maire qui aujourd’hui passe beaucoup de temps dans les ministères. Car il faut aller vite. D’autres investissements conséquents sont attendus sur le front du nucléaire civil.
Alain Bollery, pour La Gazette des communes



