Une forte baisse de la consommation d’énergie et le développement accéléré des énergies renouvelables (EnR) sont deux piliers essentiels pour supporter la charpente du pacte vert, et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030. C'est ce que propose le plan climat européen, dont les détails ont été dévoilés mercredi 14 juillet. "A la FNH, nous pensons que cela va dans le bon sens. Le bon chantier est sur la table, se réjouit Samuel Leré, responsable plaidoyer à la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme. Les négociations vont maintenant se poursuivre jusqu’en 2023".
L’Europe se signale comme le bon élève mondial avec une baisse de 23% de ses émissions entre 1990 et 2018, quand elles ont augmenté à l’échelle mondiale de 67%. Mais la Commission européenne a rappelé que la production et l’utilisation des énergies représentaient 75% des émissions de l’Europe des 27. Il faut donc s’appuyer sur deux leviers pour décarboner l’énergie. A commencer par un recours massif aux énergies renouvelables.
40% de renouvelables
D’ici à 2030, la part des renouvelables dans la production d’énergie devra atteindre 40%. Et des objectifs sont proposés pour leur utilisation dans plusieurs domaines. Ils sont obligatoires pour les transports (réduction de 13% des émissions) et les systèmes de chauffage et de refroidissement (obligation annuelle de +1,1% par an au niveau national), et indicatifs pour les bâtiments (49% d’EnR) et l’industrie (augmentation annuelle de 1,1% de l’utilisation des EnR).
Au syndicat des énergies renouvelables (SER), c’est la satisfaction. "Sur la question de l’objectif, nous allons dans le bon sens. Encore faut-il les respecter, modère Jérémy Julien, délégué général adjoint du SER. Quand on regarde la France, elle n’a atteint que 19% de production avec les EnR en 2020, quand l’objectif européen était de 23%. Si ces 12 propositions sont adoptées, et notamment celle sur les EnR, il faudra qu’elle soit prise en compte dans la prochaine PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie, ndlr). Il faut libérer le foncier pour le solaire et éviter les contraintes sur l’éolien".
L’Union européenne fixe également des objectifs sur les biocarburants de synthèse et l’hydrogène vert. Dans les transports, Bruxelles fixe un objectif de 2,6% de biocarburants renouvelables d’origine non-biologique. Dans l’industrie, la part des énergies renouvelables dans la consommation d’hydrogène devra atteindre 50%. L’UE se penche aussi sur la durabilité de la bioénergie qui représente 60% de la consommation d’énergies renouvelables, notamment pour protéger les forêts.
Réduire la consommation d'énergie
Dans l'ensemble de l'UE, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie est passée de 9,6% en 2004, à 19,7% en 2019. Il faut donc aller plus loin et les ambitions européennes devront être concrétisées. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis en avant le fait que la consommation d’énergie au niveau mondial croît plus vite que le déploiement des énergies renouvelables. Par conséquent, les émissions de CO2 de l’énergie devraient augmenter de plus de 2% en 2021 et 2022 avec la reprise de la consommation.
Et nous savons bien que la meilleure énergie est celle que nous ne consommons pas. La Commission propose donc d’élever les objectifs contraignants en matière d’efficacité énergétique. Elle demande aux Etats de réduire de 9% leur consommation d’énergie, ce qui équivaut à des objectifs d’efficacité énergétique de 39% pour la consommation primaire et de 36% pour la consommation finale d’énergie. Les Etats-membres devront rénover chaque année au moins 3% de leur parc de bâtiments publics.
"Baisser la consommation, on en a besoin, reconnaît Samuel Leré. On ne fera pas la transition énergétique uniquement avec la décarbonation. Mais il y a un risque d’injustice, car l’extension du marché carbone dans le transport et les bâtiments va toucher les ménages les plus précaires. Nous y sommes opposés: c’est très injuste et antisocial. Sur ce sujet, les politiques publiques doivent se faire au niveau national avec l’obligation pour les propriétaires qui louent de réaliser les travaux sur l’efficacité énergétique". L’UE a prévu des amortisseurs. Seront-ils suffisants? Et surtout, sera-t-il possible de trouver un consensus au sein des 27? Ces questions restent ouvertes.



