A peine baptisés, déjà à l’arrêt. Les tunneliers Bantan et Inès, qui avaient reçu leur nom de baptême le 5 février dernier et qui, dans la foulée, devaient commencer à creuser sur les lignes 16 et 17 du Grand Paris Express, dorment, pour l’instant, au fond de leurs puits.
La décision de stopper ce chantier ainsi que tous les autres du futur métro automatique d’Île-de-France a été prise dès mardi 17 mars par la Société du Grand Paris, unique maître d’ouvrage de cet immense projet.
"Suite aux mesures annoncées par le gouvernement ces derniers jours et après avoir consulté les entreprises qui réalisent les chantiers, la Société du Grand Paris a pris la décision de leur demander de suspendre temporairement leur activité dès aujourd’hui et de concentrer sans attendre leurs moyens sur la mise en sécurité de leurs chantiers", a expliqué la SGP dans une déclaration laconique.
L’élan brisé
Pour justifier cette décision, la SGP rappelle que les travaux du Grand Paris Express nécessitent la participation de nombreux acteurs indispensables pour la bonne exécution des chantiers dans les meilleures conditions de sécurité.
"Dans le contexte exceptionnel résultant de l’instauration de mesures de limitation des déplacements, les conditions ne sont plus réunies pour garantir la sécurité des compagnons sur les chantiers sans continuer à mobiliser, directement ou indirectement les services de secours fortement mobilisés par ailleurs", a souligné la déclaration de la SGP.
Ces événements imprévus viennent casser l’élan que la réalisation de ce grand réseau de transports en commun était péniblement parvenue à prendre. "En 2019 le Grand Paris Express est entré dans une puissante phase d’industrialisation avec 150 chantiers actifs - parmi lesquels 34 gares - comptant plus de quinze tunneliers en phase de creusement ou en cours de montage", se félicitait encore la SGP début mars.
Déjà très serré le calendrier de livraison des lignes du Grand Paris Express devrait pâtir de cette interruption. Pourtant, au moins l’une d’elles ne peut supporter le moindre retard. C’est la ligne 16 ou ligne olympique que la SGP s’est engagée à mettre en service pour les Jeux Olympiques et para-olympiques Paris 2024. Cette année 2024, ou l’année suivante, devrait également voir circuler les premières rames sur le tronçon sud de la ligne 15 entre la gare de Noisy-Champs, située à cheval sur le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis et la station Pont de Sèvres aux portes de Paris.
Les travaux de la RATP aussi à l’arrêt
"L’évolution très rapide de l’épidémie du coronavirus a eu, depuis le lundi 16 mars, de très forts impacts sur les chantiers et plus généralement les projets de la RATP, et a conduit à l’arrêt de très nombreuses activités", indique de son côté la régie des transports parisiens. La RATP assure la maîtrise d’ouvrage de la construction de deux grands barreaux devant s’intégrer ultérieurement dans le réseau du Grand Paris Express : les extensions au nord et au sud de Paris de la ligne 14.
Prévue pour la fin de l’été prochain, la livraison du prolongement de la ligne 14 au nord de la capitale semble la plus menacée d’un éventuel retard. Ce tronçon souterrain de 5,8 reliera la gare Saint-Lazare à la mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et comptera quatre nouvelles stations. L’achèvement de sa réalisation ne nécessite, toutefois, plus que quelques étapes. "Nous devons encore terminer l’aménagement intérieur des nouvelles gares et poursuivre la campagne d’essais pour les deux matériels roulants qui seront exploités sur la ligne", détaille un porte-parole de la RATP.
Quant au prolongement au sud entre la station parisienne Olympiades et l’aéroport d’Orly, sa mise en service est prévue à l’horizon 2024-2025. Les tunneliers devraient être actuellement à l’œuvre sur son tracé. "Nous ne sommes pas en mesure de pouvoir dire à ce stade les conséquences exactes et de plus long terme sur les projets (calendrier, budget)", tient à préciser la RATP.



