Le Coq Noir mise sur une centrale solaire à concentration pour produire de la chaleur décarbonée

La PME agroalimentaire Le Coq Noir va réduire de 55% les émissions de CO2 de son usine de préparations de condiments et de sauces. En septembre, elle a lancé la construction d’une centrale solaire à concentration. Un procédé jusque-là peu exploré par les industriels français.

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Le Coq Noir
Alto Solution a mis au point une centrale solaire à concentration pour la PME Le Coq Noir.

À l’heure de la décarbonation, le choix de la technologie nécessaire à la production de chaleur est cornélien. Une PME vauclusienne, six millions d'euros de chiffre d’affaires réalisé dans le rayon sauce et condiment avec des produits vendus sous la marque «Le Coq Noir», tous estampillés «Planète-score A», a fait un pari qui détonne. Alors que les chaudières biomasses sont à la mode dans l’agro, elle a posé en septembre la première pierre d’une centrale solaire à concentration. Cette technologie permet de fournir de la chaleur jusqu'à 400 degrés.

Meilleure solution pour la production de chaleur ?

L’enjeu : produire de la vapeur nécessaire à la cuisson et à la stérilisation des produits en se passant du gaz. «Il y a peu de solutions pour décarboner la chaleur, estime Thibaut de Leusse, le directeur général du Coq Noir. Il n’y a pas de géothermie dans la région, électrifier le processus était à la fois trop gourmand en énergie et supposait de faire évoluer beaucoup d’usages. Quant à la biomasse, les prix sont fluctuants, et il y a beaucoup de travers avec du bois qui n'est pas exploité durablement.» Et ce, sans même évoquer l'incertitude autour de la disponibilité de la ressource. À l'inverse, l’envolée du prix du gaz sur fond de guerre en Ukraine a permis de rendre viable la technologie solaire à concentration.

Le Coq Noir s’est associé avec une jeune pousse du sud de la France, Alto Solution, qui a développé la centrale et l’a calibré pour l’usine. La PME de l’agro fait aussi office de tête de série pour cette technologie peu répandue en France. La viabilité du projet est aussi permise par les subventions de la région qui ont permis d’absorber les coûts d’ingénierie importants pour cette première (petite) unité. D’un point de vue comptable, Le Coq Noir ne réalise pas l’investissement – dont le montant n’est pas communiqué. Un contrat d’achat de la chaleur à prix fixe sur vingt ans a été noué, avec une possibilité de sortie si la technologie ne fonctionne pas, et de rachat total de la structure implantée sur 800 mètres carrés dans le cas contraire.

Une livraison au printemps 2025

La livraison du projet est prévue pour le printemps prochain. La PME de l’agro, qui espère réduire de 55% son bilan carbone sur les scope 1 et 2 à l’occasion – il restera encore la question des gaz frigorifiques -, conservera sa chaudière à gaz, notamment pour palier à l’intermittence de la centrale solaire. «En tant que PME, aucun de mes clients ne m’attend sur le sujet, affirme Thibaut de Leusse. J’ai trois filles : je me mets la pression sur la question climatique.» Pas question toutefois de faire déraper les comptes dans un secteur à la rentabilité contrainte. La centrale solaire à concentration permettra d’économiser par rapport au contrat d’achat de gaz toujours en cours qui avait été noué au cœur de la crise énergétique.

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