Lactalis esquisse (enfin) une stratégie climat

La plus grande entreprise de l’agroalimentaire en France, Lactalis a dévoilé le 25 septembre des bribes de sa feuille de route en matière de climat, dans le sillage d’une validation de sa stratégie par le SBTi cet été. Si l’entreprise promet d’agir avec «sérieux» elle n’indique pas encore comment elle va financer sa transition et réduire l’immense majorité de ses émissions.

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Lactalis
Lactalis compte réduire de 30,3% les émissions de son amont agricole d'ici 2030.

La plus grande entreprise agroalimentaire française est attendue sur les sujets climat : Lactalis a (un peu) dessiné les contours de sa stratégie de réduction de ses émissions le 25 septembre. Sa feuille de route a été validée cet été par le SBTi, le label de référence pour la décarbonation des grandes entreprises

44,9 millions de tonnes de CO2 

Pour ce qui est des émissions directes de l’entreprise, les scopes 1 et 2, Lactalis se fixe pour objectif de les réduire de 46,2% d’ici à 2030. L’année de référence est 2019, date à laquelle ces deux scopes ont pesé 2,8 millions de tonnes d’équivalent CO2 – les émissions directes ne pèsent que 6% de l’empreinte totale du géant du fromage qui a émis 44,9 MT de CO2 en 2023. 

Le groupe, propriétaire de plus de 250 sites de production dans le monde, compte notamment continuer d’investir pour décarboner les sources d’énergie de ses usines. Ces dernières ont utilisé 9,4 TWh d’énergie en 2019, aux deux tiers afin de produire de la chaleur - nécessaire par exemple pour la pasteurisation. Cette production de chaleur a été la source de 2 millions de tonnes de CO2 : 48% de ces émissions provenaient du gaz, 22% du bois, 13% du charbon.

Energie solaire en priorité ?

Si les contextes locaux sont très variés, Lactalis a donné un aperçu des mesures qu’il conduirait pour décarboner l’énergie qu’il utilise. L’entreprise veillera à une meilleure durabilité du bois qu’il utilise au Brésil et devrait monter en puissance sur la biomasse en France (son deuxième pays le plus contributeur en absolu derrière le Brésil) avec par exemple la probable installation à venir d'une chaufferie CSR (combustibles solides de récupération).

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Surtout, elle utilisera le solaire «partout où c’est possible», dixit Emmanuel Gros, directeur énergies du groupe. A ce propos, alors que Lactalis a inauguré récemment une centrale solaire thermique sur son site français de Verdun (Meuse), il pourrait être tenté de miser sur le solaire à concentration à l’avenir, et explore cette possibilité pour l’un de ses sites français.

Manque de transparence sur le financement

Côté financement, le groupe est plus flou : il annonce qu'il va allouer 15% de ses capex, soit environ 140 millions d’euros chaque année, jusqu’à la fin de la décennie aux investissements «énergie et environnement» sur ses usines. Mais l'enveloppe ne comprend pas que les projets en lien avec la décarbonation – qui ne bénéficient donc pas d’un chiffrage précis. Par exemple, les initiatives dans le sens de la réduction de la consommation d’eau des sites sont incluses dans cette ligne budgétaire.

Enfin, pour ce qui est du scope 3, 94% des émissions du groupe, Lactalis ne donne rendez-vous que «d’ici la fin de l’année». Ses principaux concurrents sur la scène nationale sont toujours pourtant déjà sortis du bois sur le sujet - il y a parfoisplusieurs années. L’industriel souligne l’ampleur et la complexité de la tâche : avec les 22,5 milliards de litre de lait qu’il collecte chaque année, il doit développer une stratégie à destination de 400 000 producteurs de lait. Toutefois, 30 000 d’entre eux lui fournissent 70% de la collecte. «Nous travaillons avec 11 pays pilotes où nous avons mesuré l’empreinte carbone de 700 exploitations, a détaillé Agnès Baudet-Barbezaut, directrice (entre autres) de la RSE du groupe. Cela nous permet de mettre en lien les pratiques agricoles avec le CO2.»

Un projet pilote en France en attendant le projet global ?

En tout état de cause, Lactalis s'est engagé à réduire de 30,3% d'ici à 2030 les émissions de son scope 3 liées à l'agriculture (année de référence : 2021), exploitations laitières en premier lieu (82% du total de ses émissions). En France, un projet pilote est dans les bacs, avec l'accompagnement de la jeune pousse Carbone Farmers, afin réduire en cinq ans de 25% le bilan carbone de 200 exploitations laitières. Pour le reste, le géant des produits laitiers demande encore un peu de patience et promet qu’il apportera une réponse «sérieuse». Sérieux qui implique d'avoir une feuille de route précise et clairement financée avant de célébrer le quart du siècle. 

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