Dans la plaine de la Crau, entre Fos-sur-Mer et Arles (Bouches-du-Rhône), un ancien verger en culture intensive, abandonné, a été nettoyé, réhabilité, restauré. Depuis 2008, CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts, lui a redonné sa nature initiale de Crau sèche, une steppe semi-aride méditerranéenne, adaptée à l’habitat du lézard ocellé et d’oiseaux comme l’œdicnème criard, l’outarde canepetière et le faucon crécerellette.
Unique en France, ce site de 357 hectares, sur le domaine de Cossure, expérimente la mise en œuvre de la compensation écologique. Créée par la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, elle impose à tout projet de réalisation de travaux ou d’ouvrage l’obligation d’éviter de détruire la faune et la flore, sinon de réduire son atteinte ou, lorsque celle-ci est inévitable, de compenser la nuisance causée, soit sur le terrain du projet, soit sur des espaces à proximité, aux caractéristiques de biodiversité similaires.
50 000 euros par hectare artificialisé
En avril 2020, l’État a labellisé Cossure « site naturel de compensation » jusqu’au 31 décembre 2038. Un industriel, un aménageur, un promoteur peut y acquérir des unités de compensation (UC) équivalentes au nombre d’hectares artificialisés par son projet. L’initiative a apporté une solution concrète à plusieurs projets régionaux, comme les plates-formes logistiques voisines (Saint-Martin-de-Crau, Clésud) et la base aérienne d’Istres.
« Plus de la moitié de la surface dévolue a été vendue en UC », confie Caroline Folliet, la chef d’agence sud-est de CDC Biodiversité. Une unité coûte près de 50 000 euros par hectare artificialisé, soit 500 000 euros pour un entrepôt logistique de 10 hectares. Ce coût, lisible pour les aménageurs, couvre l’acquisition foncière par CDC Biodiversité, la remise en état de Cossure, son entretien, le suivi de la revitalisation de la faune et de la flore… « Au minimum, nous faisons gagner aux maîtres d’ouvrage l’année qu’ils doivent attendre pour effectuer l’inventaire écologique du terrain qu’ils ont acheté », précise Caroline Folliet.
Solution opérationnelle clés en main
En mutualisant les compensations de plusieurs projets, grands ou petits, sur un seul site, la restauration écologique a plus de sens et d’efficacité qu’une compensation sur site.
— Jean-Christophe Benoit, directeur du développement de CDC Biodiversité
Jean-Christophe Benoit, le directeur du développement de CDC Biodiversité, regrette que des investisseurs espèrent toujours une solution moins chère : « Nous fournissons une solution opérationnelle clés en main et une pérennité d’intervention. En mutualisant les compensations de plusieurs projets, grands ou petits, sur un seul site, la restauration écologique a plus de sens et d’efficacité qu’une compensation sur site. Parfois, les porteurs de projet le révisent même pour qu’il ait moins d’impact écologiquement et soit moins coûteux à compenser. La compensation n’est pas un droit à détruire la nature, contrairement à ce qu’avancent certaines associations… »
Mais il est impossible de tout compenser sur Cossure : un projet qui altère une zone humide ne peut espérer une solution dans cette plaine sèche… Sous couvert d’anonymat, de nombreux aménageurs se plaignent des contraintes imposées par la compensation écologique : « On ne peut jamais donner un calendrier pour la réalisation parce qu’on ne maîtrise ni la réponse de l’Autorité environnementale, ni les surcoûts engendrés par l’obligation de compenser », déplore l’un d’eux.
Lidl, pionnier parmi les distributeurs, a signé le 9 juillet avec CDC Biodiversité un accord-cadre qui va au-delà de l’achat d’unités de compensation dans la Crau. « En nous appuyant sur CDC Biodiversité, nous faisons confiance à des experts pour nous dire comment bien faire », explique le directeur immobilier de Lidl France, Emmanuel Ogier, qui s’engage à solliciter la structure pour les futurs projets ailleurs en France.



