Reportage

La stratégie internationale de Biosynex, champion français des tests de dépistage du Covid-19

Biosynex poursuit sa montée en puissance dans la fabrication de tests du Covid-19. L'entreprise alsacienne a fait le choix de rapatrier et internaliser en France une partie de sa production, jusqu'alors sous-traitée en Chine.

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biosynex extérieur
Biosynex rapatrie une partie de sa production de tests antigéniques en France.

Sur le marché des tests du Covid-19, le français Biosynex est en passe de devenir un des acteurs majeurs en France et en Europe. L’entreprise basée à Illkirch-Graffenstaden près de Strasbourg (Bas-Rhin) a accueilli une nouvelle machine qui va accélérer sa production de tests antigéniques en France. Celle-ci tient dans une pièce d’à peine vingt mètres carrés et pourtant, elle représente un investissement de 2 millions d’euros. Elle symbolise également l’augmentation des volumes de production en France à l’ère du Covid-19. En un an, le chiffre d'affaire de l'entreprise s'est envolé passant de 35 millions d'euros en 2019 à 154 millions en 2020. Elle emploie 200 personnes.

Sur les 30 millions de tests commercialisés par Biosynex en 2020, les deux tiers étaient destinés à la détection du Covid-19. Son récent investissement répond à une explosion toujours en cours de la demande de tests antigéniques. La machine nouvellement intégrée sur le site d’Illkirch-Graffenstaden permet ainsi de multiplier par cinq la cadence d’une partie de la production : l’étape où les bandelettes imbibées de réactifs sont insérées dans les cassettes de tests.

Assemblage français et réactifs chinois

Mais ce n’est pas ce tronçon de la chaîne qui fait l’objet d’un rapatriement de sa production. Il faut se rendre dans le laboratoire qui fabrique les réactifs. Jusqu’à présent, ces réactifs des tests antigéniques de Biosynex étaient produits en Chine. « Au moment de la crise sanitaire, les Chinois étaient plus avancés tant sur le traitement et le dépistage que les Européens, explique Gaël Lévy, directeur industriel de Biosynex. C’est pourquoi nous avons opté pour des fournisseurs et une fabrication chinois.Nous essayons à présent de remonter au maximum la chaine de valeur pour produire nous-mêmes nos réactifs. »

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(Crédits photo : Biosynex)

Pourquoi rapatrier la production de Chine ?

Oren Bitton, directeur commercial de Biosynex, invoque quatre raisons qui motivent le choix d’un rapatriement de la production des réactifs en France en s’approvisionnant auprès de fournisseurs européens.

  • Eviter le problème de transport. « Les phases de crise en mai-juin étaient infernales, explique-t-il, avec des transports saturés. Pendant l’été, les prix ont été multipliés par quatre. Automatiquement, cela a influé sur la disponibilité et la rentabilité du produit. »
  • Disposer d’une souplesse en termes de production. « En possédant nos propres machines, on peut bien davantage adapter notre production par exemple avec des lots différents, des délais de péremption plus court.»
  • Rapatrier permet également de ne pas dépendre d’un ordre de priorité par rapport aux fournisseurs asiatiques favorisant les entreprises locales et ainsi de disposer d’une meilleure réactivité face aux pics de production.
  • Avoir un meilleur contrôle de la production et de la qualité.

Cependant, en quittant la Chine, Biosynex perd l’avantage compétitif des salaires moins chers. Pour l’instant, cela ne s’est pas répercuté sur le coût de production car ce désavantage compétitif est compensé par de gros volumes et une offre saturée sur des produits à forte valeur ajoutée.

Mais l’entreprise a conscience que les circonstances actuelles du Covid-19 demeurent exceptionnelles, c’est pourquoi elle se garde de rapatrier d’autres productions. « Prenons nos tests de grossesse par exemple, il serait impossible de rapatrier la production en France sans multiplier le prix par trois ou quatre », ajoute Oren Bitton. Par ailleurs, les nouveaux équipements récemment installés pourront ultérieurement servir pour d’autres productions que le dépistage du Covid-19.

L’Europe, centre de gravité de Biosynex pendant le Covid

Le Vieux Continent présente des opportunités pour l’entreprise bas-rhinoise tant sur le plan de l’offre que de la demande. Oren Bitton témoigne qu’il est plus facile de collaborer avec des fournisseurs européens qu’asiatiques. « Les échanges sont plus fluides et plus rapides, par exemple dans la modification de certaines formules. Outre le fait que nous sommes prioritaires, nous gagnons énormément de temps grâce à cette proximité culturelle. »

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Du côté de la demande, la France ne représente que la moitié des ventes de l’ensemble des tests Covid-19 de Biosynex. L’autre moitié est dédiée à l’international  dont une grande partie en Europe. Outre les tests antigéniques, Biosynex produit aussi des tests PCR et sérologiques, qui sont quant à eux fabriqués au siège français depuis le début de la crise sanitaire. Ce panel des trois types de tests lui permet de composer avec les différentes stratégies de dépistages des pays européens.

« Les modalités de remboursement des tests ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, explique Gaël Levy. L’Allemagne ne rembourse pas le PCR, la France si. L’antigène est imposé dans les aéroports d’un côté et non de l’autre. En Hongrie, la demande est très forte en autotests de sérologie alors que la sérologie pour le Covid-19 est moins importante en France. Chaque pays s’étudie particulièrement. »

En France, ce sont les tests PCR et surtout antigéniques qui sont sollicités. Biosynex s’affirme leader du marché national avec 46% des parts de marché des tests antigéniques de novembre 2020 à janvier 2021. Ces parts sont gagnées sur la baisse progressive des stocks de tests antigéniques de l’américain Abbott qui avait inondé le marché français en 2020.

La production des tests de Biosynex devrait continuer à progresser en 2021 dans les trois catégories (antigènes, PCR et sérologiques). Après sa montée en puissance pour les tests antigéniques, l’entreprise prévoit d’augmenter sa production de tests PCR. Elle vise un objectif de 2 millions d’unités par mois contre 1 million actuellement dans cette catégorie.

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