La stratégie de RTE pour accélérer le développement de l'éolien en mer

Régis Boigegrain, le directeur exécutif interconnexions et réseau en mer de RTE, a présenté mardi 16 mai un état des lieux de l'éolien offshore en France. L’ambition gouvernementale d’atteindre une capacité de puissance de 40 GW d’ici 2050 pousse le gestionnaire à s’adapter et à lancer sa stratégie SMS : standardisation, massification, simplification.

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Eoliennes offshore flottantes

«Pour les éoliennes en mer, RTE vise une capacité de 18 GW en 2035 puis de 40 GW en 2050. Le changement d’échelle est considérable», pointe mardi 16 mai Régis Boigegrain, directeur exécutif interconnexions et réseau en mer, lors d'une présentation consacrée aux enjeux et aux perspectives du secteur. Le gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité français maintient et développe le réseau haute et très haute tension (de 63 à 400 kilovolts) et par conséquent est chargé de raccorder les installations de production d’électricité. Avec le récent dynamisme de l’éolien en mer, RTE a du pain sur la planche. «2023 est une année de bascule pour le développement de l’éolien en mer en France, et de maturité pour RTE avec la livraison du troisième raccordement offshore», s’enthousiasme Régis Boigegrain.

La France souhaite mettre les bouchées doubles pour se rapprocher du niveau de certains pays «locomotives», qui affichent une grande ambition offshore depuis plusieurs années déjà, comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. «Dix ans sont nécessaires pour réaliser un raccordement d’éolien en mer et le mettre en service, rappelle le directeur. Parmi nos 10 gigawatts déjà engagés, seulement 6 à 8 GW seront en service d’ici 2030. Mais la France compte bien rattraper son retard.» L’Etat français a en effet signé un pacte avec la filière pour favoriser le développement de l‘éolien offshore, avec un cahier des charges précis. Il faudra «multiplier par six la capacité totale entre 2025 et 2035 (de 3 à 18 GW), attribuer trois fois plus vite les 9 prochains GW d’éolien en mer, réduire de deux ans le délai global entre la désignation du lauréat du producteur et la mise en service du parc (de neuf à sept ans)», décrypte-t-il.

Gagner en compétitivité

Pour relever le défi des 40 GW, RTE promeut sa stratégie «SMS» pour «Standardisation, Massification, Simplification». La volonté de standardisation du gestionnaire s’illustre par sa proposition de retenir seulement deux structures de raccordement : 320kV et 525kV pour des puissances de 1,2 et 2 GW. Le groupe estime que cette standardisation permettra un gain de temps de six mois pour la mise en service. «La standardisation des niveaux de tension des raccordements par l’Etat, par exemple, pourrait faciliter les choix des producteurs pour le lancement d’une plateforme, et donc permettre de gagner du temps», affirme Régis Boigegrain.

La stratégie de massification consiste, elle, à établir des accords pluriannuels avec les fournisseurs et attribuer en une fois les GW visés via un appel d’offre global. Le gain de temps est ici évalué par RTE entre neuf et dix-huit mois. Pour le directeur, la massification permet une meilleure compétitivité : «Face à une concurrence forte, à nous d’être agile, rapide, innovant dans la manière d’acheter, et demander un volume intéressant pour donner envie aux fournisseurs de nous choisir comme client.»

Enfin, la volonté de simplification consiste à alléger les spécifications techniques et à se concentrer sur les exigences fonctionnelles dans les appels d’offres. Le but étant de lancer la réalisation d’ouvrages de raccordement plus rapidement (gain de temps estimé par RTE à neuf mois). «Les ressources en ingénierie deviennent rares, nos fournisseurs n’ont plus le temps de faire certaines études. On mise sur une stratégie de simplification avec des appels d’offres plus fonctionnels», explique Régis Boigegrain.

Les installations d’éoliennes offshore sont complexes, avec des risques élevés qu’impliquent les travaux en mer (risques météo, tenue au sol…). Elles exigent des ouvrages de raccordement plus longs et volumineux. Pourtant, le marché est en plein essor, avec une demande très importante en approvisionnements divers : navires câbliers, câbles de 525kV, composants électriques, isolants… avec un risque élevé de dépasser l’offre. Le coût des raccordements est par conséquent amené à croitre. La stratégie SMS de RTE tombe donc à point nommé.

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