«Plantes à fleurs ou à feuilles, champignons, racines, plantes tropicales ou rares : l’industrie peut réenvisager l’utilisation de molécules naturelles». Paul-Hector Oliver, PDG d’Orius, start-up toulousaine basée à Escalquens (Haute-Garonne) spécialisée dans les matières premières botaniques de haute qualité, en est convaincu. Fin septembre, l’entreprise a franchi une nouvelle étape dans son développement avec la mise en service de son pilote industriel qui s’étend sur 500 m².
Alors que les industries cosmétiques, pharmaceutiques, nutraceutiques (produisant des compléments alimentaires) se sont massivement tournées vers la reproduction de molécules naturelles de manière chimique depuis les années 1950, Paul-Hector Oliver l’assure : «tout est dans la plante, on peut aller y chercher les molécules qui nous intéressent».
Agir sur les paramètres environnementaux
La technique d’Orius, basée sur l’agriculture indoor, consiste à identifier les paramètres environnementaux activant ou inhibant les propriétés souhaitées chez les plantes étudiées : «La température, l’humidité, la luminosité, la nutrition des plantes, la saturation de CO2 dans l’air, la vitesse du vent», sont autant de paramètres agissant sur les réactions biochimiques des plantes. «Une fois que l’on a cartographié les différentes voies métaboliques, on peut obtenir une concentration bien plus élevée des propriétés recherchées, en moyenne 3 à 5fois plus, voire 10fois plus pour certaines plantes», appuie-t-il.
Laura Fernandez Rodriguez Biomebox ©L. Fernandez Rodriguez
Dans son laboratoire, derrière chaque porte ouvrant sur dix Biomebox, Orius a conçu un système de gestion climatique ainsi qu’un dispositif de leds brevetés. Chaque étude de plante y est réalisée sur-mesure pour les projets de ses clients, qui ont ensuite la propriété exclusive de la recette gagnante qui a été développée pour eux.
Actuellement, environ 70 plantes sont cultivées et une trentaine de projets clients sont développés. Aucun pesticide n’est utilisé, et de manière prophylactique, de petits insectes prédateurs de parasites des plantes sont insérés dans les Biomebox. Le premier prototype de Biomebox a été cofinancé par le CNES, acteur pour lequel Orius développe un projet de culture céréale 100% indoor et la spatialisation de la Biomebox. Des tests en vol sont prévus d’ici à 4 ans et un déploiement d'ici à 10 ans.
Laura Fernandez Rodriguez Module de recherche tournant sur deux plans afin d’expérimenter les cultures avec une gravité réduite ou équivalente à celle sur l’ISS. © L. Fernandez Rodriguez
Accroissement des capacités de production et industrialisation
Avec son pilote industriel et son démonstrateur, Orius accroît ses capacités de production dans le but de passer à 20 tonnes de plantes fraîches par an d’ici fin 2024, puis 100 tonnes dès 2025. Un changement d’échelle pour les Biomebox, qui ont ici chacune la taille équivalente à un container maritime.
Laura Fernandez Rodriguez Orius a pour objectif de produire 100 tonnes de plantes fraîches dès 2025. © L. Fernandez Rodriguez
Une levée de fonds d’ici fin 2024 permettra ensuite de viser l’ouverture d’un site industriel de 20000 m² d'ici à 2028. Cofondée par Paul-Hector Oliver, Jérôme Velociter et Pierre Jay en 2021, Orius compte actuellement 12 salariés, pour un chiffre d’affaires de 1 million d’euros pour l’année 2024. Elle dispose de plusieurs lettres d’intention d’achat d’industriels, avec, par exemple, 10 millions d’euros de production annuelle signés pour 2028 avec un acteur de la cosmétique.



