Exploiter les combinaisons d’espèces de champignons différentes pour régénérer les terres et les cultures tout en réduisant les consommations d’eau ou d’engrais, c’est l’ambition de Mycophyto. Née en 2017, à l’initiative de Justine Lipuma, chercheuse et cofondatrice, la start up est implantée à Grasse (Alpes-Maritimes).
L’entreprise de 30 collaborateurs franchit un cap avec Mycofab, une plateforme de production soutenue par le plan «France 2030» à hauteur de 2 millions d’euros (au titre de l’appel à projets «Résilience et capacités agroalimentaires 2030», brique du projet «Première usine») pour un investissement global évalué à plus de 7 millions d’euros. «Nous avons mené plus d’une centaine d’expérimentations qui démontrent que la mycorhization fonctionne. Il existe dans le monde 350 espèces de champignons mycorhiziens, efficaces sur 85% des plantes de la planète, selon le climat, la typologie et le microbiote des sols, les cultures, grâce à un effet de symbiose…. Notre solution est brevetée pour cultiver et amplifier à grande échelle la production de ces champignons», explique Ludivine Alenda, directrice marketing et communication de Mycophyto.
Des filières bien ciblées
La société a réalisé deux levées de fonds, en 2019, pour 2 millions d’euros, puis en 2022, pour 4 millions d’euros, et s’est lancée dans une levée de série A d’un montant avoisinant les 10 millions d’euros, en 2025. Elle espère la boucler prochainement. Objectif : passer d’une ferme-pilote de 1500 m2 à une installation globale de 9000 m2 , intégrant une biobanque, des espaces de production en serres horticoles, un entrepôt de transformation et un laboratoire de contrôle qualité. Mycophyto veut y déployer une gamme de six produits, destinés aux filières du maraîchage, tomates notamment, de la viticulture, des plantes à parfums (roses, lavande…) et des espaces verts et terrains sportifs. L’entreprise en commercialise déjà un certain nombre. Son chiffre d’affaires devrait dépasser, cette année, le million d’euros. «Notre projet et notre innovation consistent à développer in vivo différentes espèces issues de plusieurs dizaines de souches isolées de champignons mycorhiziens. Nous n’avons pas de limites», assure le directeur industriel, Pierre Tholozan.
Un développement à l'international visé
Grâce à cette technologie, la plante puise naturellement dans les champignons les nutriments dont elle a besoin, mais aussi l’eau, pour accroître sa résistance. Le champignon augmente, par ailleurs, la capacité d’absorption du CO2 par les sols et la productivité des plantes. «Toute une biodiversité se recrée, même dans des sols dégradés, quand notre solution est inoculée dans les racines. Nous avons prouvé sur des plants de vignes que, même sans arrosage en plein été, le stress hydrique est moins fort. Ils tiennent plus longtemps, les grappes sont plus grosses à la récolte. Cette résilience est également supérieure, après de fortes pluies ou une maladie», poursuit Pierre Tholozan. Mycophyto utilise des algorithmes de prédiction et l’intelligence artificielle pour ajuster les espèces les plus appropriées à l’environnement d’utilisation. «Nous croisons de plus en plus de données grâce à nos expérimentations dans des oliveraies, des vignobles, des roseraies… En 2024, nous avons créé un entrepôt industriel de 300 m2 pour séparer les ingrédients, après la fin du cycle de production végétale, entre champignons et plantes, effectuer les mélanges, conditionner et stocker. Grâce au projet «Première usine», cette installation va être agrandie», précise Pierre Tholozan. L’ensemble devrait être opérationnel, fin 2026, et l’effectif grimpera à 50 collaborateurs. Géographiquement, la société cible des zones, comme l’Espagne, le Maghreb, le Moyen-Orient, où les sécheresses se sont accrues. «Ils [ces pays] ont une réelle appétence à acheter de l’innovation», souligne Ludivine Alenda.



