Elle est revenue comme un mantra dans la bouche des industriels et décideurs politiques : dans le sillage des années Covid, la "souveraineté alimentaire" était partout en 2023. L'expression peut-être définie comme «la faculté de déterminer librement pour un Etat ou un peuple ce qu’il doit produire sur le plan alimentaire». Toutes les industries alimentaires se sont emparées du concept et ont dressé un même constat (souvent alarmiste)...sans toutefois s’accorder sur le remède : derrière ce dessein commun du produire local, la cohérence fait défaut.
Derrière le concept, une réalité protéiforme
Entre la volonté de faire remonter en puissance des filières dépendant quasi entièrement des importations, l'habillage habile de discours teintés de productivisme (pour mieux mettre sous le tapis les sujets de transition du système alimentaire), ou un besoin de conforter les champions agroalimentaires tricolores, ce désir de souveraineté est protéiforme. La défense de la souveraineté alimentaire se voudrait une réponse au supposé «déclin» agricole et agroalimentaire français. A cet égard, les chiffres sur la santé réelle des filières dessinent une réalité plus nuancée qu’un simple constat de perte de vitesse tous azimuts.
Qui dit "souveraineté alimentaire" dit besoin de protection de l'Etat. Souvent par le biais de denier sonnants et trébuchants : pas question de laisser tomber les entreprises du secteur, confrontées à des besoins faramineux d’investissements, alors que la bataille sur les marges et le contexte inflationniste éclipse la réflexion sur la valeur de l’alimentation. PME et ETI ont fait affluer les demandes de fonds, parfois façon liste de Noël. Mieux, ce sont parfois des filières qui, dans leur intégralité, auront vu déferler les billets, à l’image du plan concocté pour les producteurs et transformateurs de fruits et légumes.
Des Fermetures d'usines malgré un ratio investissement/emploi record
Et côté usines ? Avec 9 ouvertures et 10 fermetures, d’après notre baromètre annuel, le bilan de l’agro est dans le rouge (clair) et ce en dépit de l’élan général – quoique ralenti – de réindustrialisation dans le pays. Les tensions multiples autour des négociations commerciales, poussent même les actionnaires étrangers des entreprises l'agro implantées en France, à songer à réduire (encore) la voilure ces prochaines années en fermant des sites.
Pourtant, comme l’a simulé l’Insee en comparant les secteurs industriels, l’implantation d’un site agroalimentaire en France génère plus d’emplois, à investissement équivalent, que n’importe quelle autre activité manufacturière, pour une valeur ajoutée elle aussi dans le haut du panier, loin devant l’aéronautique et le ferroviaire par exemple. Des données à avoir en tête, quand il s’agira, en 2024, de coucher dans les discours la nécessité de protéger la souveraineté alimentaire française.



