La rénovation globale du bâti, une réponse durable à la crise énergétique, estime le DG de Saint-Gobain

A l’occasion du salon Batimat, Benoît Bazin, DG de Saint-Gobain, a confié à la presse le 3 octobre son scepticisme sur l’impact des dispositifs gouvernementaux liés à la crise de l’énergie, qui n'apportent pas de réponse assez durable. En interne, le leader mondial des matériaux de construction doit, aussi, affronter ces tensions.

Réservé aux abonnés
Benoit Bazin Saint-Gobain
Pour Benoit Bazin, directeur general de Saint Gobain depuis juillet 2021, les priorités en matière de soutien financier face à la crise de l'énergie doivent être repensées.

Les solutions pour répondre aux tensions sur l’énergie sont-elles les bonnes ? Pour Benoît Bazin, directeur général de Saint-Gobain, le gouvernement ne coche pas les bonnes cases. « Si MaPrimeRenov’ était doublée de 2,5 à 5 milliards d’euros et si l’effort était mis sur la rénovation globale, ce serait plus pertinent que la somme de 45 milliards mise dans le bouclier tarifaire », a-t-il indiqué, lundi 3 octobre, à l’occasion du salon du bâtiment Batimat, organisé jusqu’au 6 octobre à Paris. Il appelle à mettre en place « un plan Marshall de la rénovation ».

L’occasion, pour le dirigeant du leader mondial des matériaux de construction (44,2 milliards de chiffre d’affaires en 2021, 166 000 salariés, présent dans 76 pays) de faire valoir l’avance de son groupe en matière de transition écologique - « Saint-Gobain a quasiment 70% des leviers pour répondre à un bâti efficace et bas carbone », estime-t-il - et d’insister sur les bénéfices de rénovations globales, l’une des pistes de réflexion menées dans le cadre des prochaines évolutions du dispositif d’aides publiques MaPrimeRenov’. « 85% des projets portés par MaPrimeRenov’ sont un mono-geste. Installer une pompe à chaleur dans un appartement mal isolé, c’est comme mettre de la climatisation dans une voiture qui roulerait les fenêtres ouvertes », lance-t-il.

Dans les pays nordiques, Saint-Gobain réalise un demi-milliard d’euros de chiffre d’affaires sur la ventilation; un segment que le groupe commence à développer en France par l’intermédiaire de son enseigne spécialisée Clim+.

Un lien direct avec les particuliers

Pour Benoît Bazin, la priorité n’est pas de passer l’éclairage des collectivités en LED, mais d’agir sur le toit, les combles, l’isolation extérieure et le bâti. Saint-Gobain forme 15 000 artisans RGE (« Reconnu garant de l’environnement », le label nécessaire pour accéder aux aides) à la rénovation globale et met à disposition des artisans son bureau d’études interne Solu+.

S’il rappelle que le groupe s’adresse aux professionnels, les particuliers peuvent bénéficier d’un annuaire d’artisans par l’intermédiaire du site Web « La maison Saint-Gobain ». L’impact des diagnostics de performance énergétique (DPE), qui permettent notamment de resserrer le lot de logements éligibles à des hausses de loyers en fonction de leurs notes, est « positif », précise-t-il par ailleurs.

Cette transition écologique du bâtiment passera aussi par les prêteurs et investisseurs, souligne le dirigeant. « Les portefeuilles doivent être verdis, notamment sur les prêts immobiliers. On va rentrer dans une logique de biens durables et de bâtiments dans lesquels il fait bon vivre et travailler », ajoute le DG de Saint-Gobain, citant notamment les efforts réalisés en la matière par la Caisse des dépôts.

Des arrêts et des cessions de sites hors crise actuelle

Pour autant, même s’il se déclare engagé en faveur de la transition écologique et énergétique, le chef d’entreprise est lui-même aux prises avec les difficultés traversées par la majorité des industriels. Fioul lourd ou diesel sont ainsi envisagés comme des sources d’énergie alternatives au gaz naturel, tandis que certains sites réfléchissent à travailler en mode dégradé. « Nous n’avons pas encore d’usines arrêtées », martèle Benoît Bazin. La fermeture programmée des sites de Venissieux (Rhône) et de Condren (Aisne) est liée à leur situation déficitaire depuis plusieurs années, et non à la conjoncture actuelle, assure-t-il.

« On investit beaucoup dans le float glass et dans le dépôt de couches. Sur la transformation aval, on a 45% de parts de marché sur le véhicule électrique. Il y a des acteurs qui vont dans la fenêtre, ou dans les petites miroiteries. Ce n’est pas le savoir-faire de Saint-Gobain. Des petites PME seront plus performantes que nous. Il y a des questions de performance commerciale et financière. Notre savoir-faire est davantage orienté sur des activités plus importantes en capital que sur du petit service, mais le groupe est toujours très investi sur le verre », indique Benoît Bazin à propos de la fermeture du site de Condren.

Pour l’année 2022, le groupe avait prévu, avant le déclenchement de la guerre, un taux de couverture énergétique de 82%. Un chiffre qui s’élève à plus de 60% pour 2023. Dans plusieurs pays, Saint-Gobain a par ailleurs souhaité voir ses usines considérées comme « prioritaires » en cas de délestages, par exemple pour ses sites de protections verrières en Pologne. Quant à la vente de l’activité Cristaux et Détecteurs, négociée avec deux fonds américains de capital-investissement, celle-ci relève d’une question de taille, selon Benoît Bazin.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs