Entretien

«La renationalisation d’EDF n’apporte aucune solution aux difficultés actuelles», assure Hervé Chefdeville, secrétaire général d’Energie en actions

L’assocation "Energie en actions", qui représente les salariés et anciens salariés actionnaires d'EDF, annonce porter plainte contre l’Etat «pour mise en difficulté de l’entreprise». Son secrétaire général, Hervé Chefdeville, détaille à L’Usine Nouvelle les (multiples) raisons de cette action en justice.

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Centrale de Fessenheim, EDF
Parmi ses nombreux griefs, l'association Energie en actions reproche regrette «la fermeture imposée pour des raisons purement politiques des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en Alsace» en 2020.

Des «décisions inconsidérées et spoliatrices». Dans un communiqué publié dimanche 17 juillet, l’association Energie en actions, qui défend les intérêts des salariés et anciens salariés actionnaires d'EDF, s’émeut de la décision de gouvernement de renationaliser l’énergéticien français et annonce «introduire une plainte pénale avec constitution de partie civile contre l'Etat en tant qu'actionnaire majoritaire d'EDF pour mise en difficulté de l’entreprise au mépris de l’intérêt social de celle-ci et des intérêts de ses actionnaires minoritaires». Les griefs à l’égard de l’Etat sont nombreux. Entretien avec Hervé Chefdeville, secrétaire général d’Energie en actions.

L’Usine Nouvelle. - Vous dénoncez dans votre communiqué «la gravité des dommages infligés» à EDF par l’Etat, qui traite selon vous l’entreprise «comme un simple outil de ses politiques jusqu'au point de la mettre en grande difficulté, en flagrante illégalité». Quel est votre objectif avec cette plainte pénale ?

Hervé Chefdeville. - Nous voulons mettre l’Etat face à ses responsabilités pour qu’il assume ses décisions passées, qui ont dévalorisé le cours de l’action (32 euros lors de son introduction en Bourse en 2005 contre 10,22 euros avant sa suspension le 13 juillet, ndlr). L’Etat a fait le choix politique d’ouvrir le capital de l’entreprise et de faire un appel public à l’épargne. Aujourd’hui, la Première ministre, Elisabeth Borne, propose de revenir en arrière. Mais au cours des dernières années, de multiples décisions ont mis en difficulté l’entreprise et nous trouverions tout à fait anormal que l’Etat vienne ramasser les actions avec une spoliation des épargnants, salariés ou non, qui ont fait confiance à l’Etat et à une grande entreprise publique pour investir leur épargne.

Vous n’êtes donc pas favorable à une renationalisation de l’entreprise, aujourd’hui détenue à 83,88% par l’Etat ?

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Hervé Chefdeville Hervé Chefdeville

En tant que telle, une nationalisation n’apporte aucune solution aux difficultés actuelles d’EDF. Nous demandons à l’Etat qu’il refixe un prix [de l’électricité] qui reflète les vraies conditions de production. Et qu’il tire les conséquences des mises à l’arrêt d’une partie des réacteurs nucléaires pour des raisons de sûreté. Cela permettrait à EDF de se trouver dans une meilleure situation financière alors que l’on parle d’une possible nouvelle dégradation de sa note sur les marchés. Je pense que les agences de notation seraient beaucoup plus à l’écoute des décisions de l’Etat s’il s’engageait à ce que le nucléaire soit bien facturé à son coût de revient, plutôt qu’à une annonce de renationalisation. Surtout, l’entreprise est déjà contrôlée par l’Etat et les agences de notation en tiennent compte.

Endettement astronomique, fermeture injustifiée de la centrale nucléaire de Fessenheim (Alsace), acquisition de l’activité turbines nucléaires de General Electric (GE)… Vos critiques à l’encontre de la gestion d’EDF par l’Etat sont nombreuses.

EDF est d’abord un architecte ensemblier. Ce n’est pas une entreprise qui à vocation à fabriquer tous les composants. Ce n’est pas son rôle, et ça le met en difficulté. Jusqu’à une certaine période, EDF n’avait jamais dû porter la responsabilité d’une usine de production de composants. Mais on a forcé la main à l'entreprise pour d’abord aller racheter en 2012 Photowatt, qui était en liquidation judiciaire. Puis, quand Areva n’allait pas, on a appelé EDF. Et aujourd’hui, alors que l’Etat porte en partie la responsabilité d’avoir vendu l’activité turbines nucléaires à l’américain GE, on appelle là aussi EDF à l’aide pour sauver les usines de Belfort !

Vous avez également dans le collimateur l’utilisation à tout-va du mécanisme de l’Arenh.

Oui, parce que c’est un mécanisme qui met EDF en difficulté depuis plus de dix ans. On oblige l’entreprise à vendre à perte une part importante de sa production. L’Etat profite d’une situation dans laquelle l’entreprise a dû mettre à l’arrêt certains réacteurs suite à la constatation de phénomènes de corrosion sous contrainte. Car, alors même que l’on a moins d’électricité nucléaire, l’Etat veut qu’on en vende encore plus à un prix inférieur aux coûts de production. Je vous rappelle que le mécanisme de l’Arenh n’est censé porter que sur un quart de la production !

C’est pourquoi, avec les conseils de surveillance des deux fonds d’actionnariat salarié EDF, nous avons décidé d’écrire à la Première ministre le 8 juillet pour alerter sur cette problématique. Si le gouvernement actuel veut vraiment venir en soutien à l’entreprise, il peut revenir par des décisions réglementaires sur l’augmentation du plafond de l’Arenh cette année - dont un certain nombre de gens, y compris des associations de consommateurs, contestent d’ailleurs l’impact réel pour les clients. Il faut faire en sorte que l’électricité nucléaire mise à disposition par EDF à ses concurrents soit enfin facturée à un prix qui reflète les conditions économiques de production, comme le prévoient les différents textes réglementaires français et une décision de la Commission européenne autorisant ce mécanisme comme aide d’Etat.

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